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Delville's

Autobiography


JD
 
JEAN DELVILLE. Self Portrait. 1933,  oil on canvas.  © the Delville Estate



Delville probably wrote his brief autobiography towards the end of his life in the early 1950s. The text is hand written and a copy is preserved in the Literary Archives in Brussels. This is a transcription taken form the original manuscript.


 

Né en 1867 à Louvain (Belgique) d’un père wallon, que je n’ai jamais connu et d’une mère flamande, pauvre, illettrée, mais intelligente. Elle-même née Libert, d’un père wallon et d’une mère flamande, ma grand-mère pauvre et illettrée, mais intelligente composait des chansons. Très croyante et de caractère énergique, à l’âge de 73 ans, à l’époque de la Révolution de 1830, elle prend part à l’insurrection anti-hollandaise. Alors que la population du quartier où habitait sa famille, se cachait dans les caves, pendant la bataille des rues à Louvain, elle sort de la cave en patriote, s’empare d’un tambour ramassé sue le pavé et se met à tambouriner pour rassembler les hommes, pour les aider à jeter dans le canal proche, des chariots pleins de poudre des hollandais en retraite ! Acte héroïque enfant du peuple. Je l’ai connue jusqu’ mon âge de 19 à 20 ans ; quand elle mourut, je l’ai dessinée sur son lit d’agonisante. J’ai conservé ce dessin jusqu’à l’âge de mes 86 ans comme souvenir attendri d’une grand-mère vénérée, qui connut des difficultés et eut beaucoup de courage dans sa vieillesse.

 

J’ignore les circonstances qui ont fait que je n’ai jamais connu mon vrai père. Tout ce que j’ai pu en savoir, c’est qu’il était d’une famille aisée, tandis que ma mère était une fille du peuple. Et qu’il était professeur dans un institut supérieur, où il enseignait le grec et le latin aux élèves qui se destinaient à entrer à l’université de Louvain. Il s’appelait Joachim Thibaut, était né à Gelbressée, près de Namur et mourut à Tirlemont en 1887 à l’âge de 54 ans. Je suppose que finalement ma mère fut délaissée à cause de sa condition modeste, et que c’est quelques années après qu’elle fit connaissance d’un fonctionnaire des postes, Victor Delville employé au chemin de fer à Louvain et qui, lorsqu’il fut nommé à la grande poste de Bruxelles, il dû venir habiter la capitale. J’avais alors environ 3 ans et ma prière école fut un modeste jardin d’enfants bien près d’où j’habitais, un quartier près de la Porte de Hal, Boulevard de Waterloo.

 

Quelques années plus tard, j'habitai à St Gilles, dans le haut de la chaussée d'Alsemberg, près  de la Barrière. J'y fréquentais l'Ecole Communale de la rue du Fort.

 

A cette époque commencèrent à s'éveiller en moi le besoin de dessiner et de peindre. Cependant quand on me posait le question: "que voudrais-tu être quand tu seras un homme?" je répondais invariablement "médecin!" l'idée de soulager la souffrance me apparaissait comme étant quelque chose de supérieur, mais ce fit cependant l'art qui se développait en moi.

 

Pour achever mes études scolaires, j'entrai à l'Athénée (section professionnelle) où je restai pendant trois ans jusqu'en cinquième et ma vocation artistique semblait se préciser par les nombreux croquis dont j'illustrais mes cahiers, je demandai à mon père de pouvoir suivre les cours du soir à l'Académie des Beaux-arts de la rue du Midi. Quelques temps après avoir suivi les cours de dessin, je résolu d'entrer les cours de peinture du jour, qui se donnaient sous la direction du peintre bien connu de Jean Portaels. Après l'examen obligatoire, j'y fus reçu et pendant les deux ans que j'y restai, je remportai tous les concours (anatomie, archéologie, dessin, composition, peinture) tous les premiers prix. De plus ma vocation d'artiste s'était vite affirmée comme lauréat. Très jeune encore (17ans) on gardait mes études comme exemples au secrétariat, et l'une d'elles, étude peinte s'y trouve encore à l'heure actuelle où elle fait l'admiration des élèves et des professeurs. C'est alors que je fus membre du groupement artistique bruxellois L'Essor où je commençai à exposer et avoir un atelier, d'abord en ville et puis à Forest, celui de l'avenue des Sept Bonniers et où j'exécutai plusieurs de mes œuvres du début et de tendances impressionnistes et symbolistes. A mon premier atelier de Forest, j'ai produit beaucoup de toiles petites, moyennes et grandes, des portraits, des compositions qui furent exposées à différents salons. Ma carrière s'y déploya avec ampleur et ma personnalité d'artiste peintre idéaliste se dégage de plus en plus. Je fis la connaissance de Joséphin Péladan, et déjà m'intéressais et pris part au mouvement occultiste de Paris et Bruxelles. J'exposai au Salon de la Rose + Croix où l'art idéalisme était seul admis. Péladan exposa plusieurs de mes toiles, notamment la Mort d'Orphée qu'il plaça au centre de l'exposition ainsi que « la Chair et l'Esprit » et des dessins. Sous son influence, je vais vivre à paris, où j'habite Quai Bourbon parmi des amis rose-crusiens, disciples de Péladan. J'y reste pendant plusieurs mois en m'occupant non seulement de l'organisation des Salons peladanesque, mais peignant les décors de la tragédie: Babylone dont le succès est général. C'est vers ce temps que Péladan écrit sa fameuse et nouvelle œuvre littéraire la Prométhéïde d'Eschyle avec l'espoir de la faire jouer à la Comédie Française. Malgré l'admiration de Claretée, le directeur témoigna publiquement pour Péladan, auteur de la Prométhéïde, les acteurs refusent de jouer la tragédie antique. C'est alors que Péladan, outré par ce refus systématique, me charge d'aller réclamer son manuscrit à Claretée. Celui-ci m'accueillit on me disant son admiration pour l'œuvre géniale que les comédiens, à son grand regret, n'ont pas estimé "jouable"!

 

 

Entretemps je m'étais marié à Forest et j'habitai quelques années auprès de mes parents dès la naissance de mon premier enfant Raphaël, tandis que tous les jours je me rendais à mon atelier. C'est à cette époque que mon ami Victor Rousseau me conseilla de faire le concours de Rome: j'approchai alors de mes 30 ans, délai fixé pour obtenir l'autorisation de se faire pour le concours préparatoire avant d’être admis à participer au Concours de Rome proprement dit. Le règlement en était exigeant. L’œuvre peinte devait s’exécuter dans un format donné avec un nombre de figures d’une dimension déterminée par le règlement, le sujet tiré au sort devant un jury, était imposé : « Le Christ glorifié par les enfants ». C'est le passage de l'évangile où Jésus guérît des aveugles, des paralytiques dans le Temple devant les prêtres juifs, qui l'accablent d'insultes, au moment où il vient de rendre la vue à un enfant aveugle.

 

A cette époque (1894) les six concurrents admis à l'épreuve définitive devaient exécuter leur tableau en loge après avoir remis l'esquisse dont ils ne leur étaient pas permis de changer la composition. Chacun des ces six concurrents travaillait séparément dans sa loge (petit atelier) situé dans un couloir de l'Académie de Anvers et où il était strictement défendu d'y faire pénétrer des documents graphiques. Seules les modèles y étaient tolérées. Pour y travailler à leur tableau, ils devaient à chaque entrée dans leur loge, charger de vêtement après la visite opérée par un surveillant spécial. Ces formalités réglementaires étaient la garantie morale de ces grands concours auxquels se présentaient les artistes du pays. L'année où je fis inscrire il y eu quatre-vingt candidats sur le nombre desquels, après les différentes épreuves, seulement six d'entre eux étaient admis à faire le concours de Rome proprement dit. Dès leur admission ils entrent en loge pour y exécuter pendant trois jours l'esquisse du tableau qu'ils auront à produire et pour l'exécution duquel ils auront exactement quatre-vingt jours, sans recevoir la visite ni le conseil de personne, afin que l'on soit certain que le concurrent soit l'unique personne auteur de l'œuvre que le Jury, composé des artistes les plus notoires du pays, opère le jugement définitif: le grand Prix de Rome, qui consiste en une somme de 25.000 francs, avec la série de voyages ainsi qu'un séjour à Rome à la villa des ateliers que le gouvernement belge met à leur disposition Piazza Dante. Le jury classa mon œuvre comme lauréat; c'est-à-dire Premier. J'étais marié, père de deux enfants, Raphaël et Elie. A Mon retour d’Anvers, comme ancien élève de l'Académie Royale de Bruxelles, l'administration de la ville organisa une réception triomphale, depuis ma sortie de la gare du Nord à travers la capitale, où je fus couvert de discours officiels, de couronnes et de fleurs alors que les élèves de l’Académie tiraient mon landau à la main.! C'était la manière dont les villes célébraient les lauréats du concours de Rome. Le Bourgmestre de Bruxelles était alors Charles Buls, bien connu pour ses goûts artistiques. A mon retour d'Anvers, il me convoqua dans son bureau de l'Hôtel de ville pour me féliciter de mon succès en sachant que j'étais déjà père de famille, et pas très riche, il me pria d'accepter deux mille francs pour mes enfants qu'il me tendit et que j'acceptai de tout cœur. A vrai dire pendant que j'étais en loge pour le concours j'exposais au Salon de Gand ma toile que j'avais eu le temps de terminer avant de me faire inscrire pour le concours: Les Trésors de Sathan. Cette toile obtint un succès, et quand plus tard je la réexpédiai à Bruxelles, au Cercle artistique, l'Etat me l'acheta pour le Musée de peinture, où elle resta pendant des années mais où le conservateur du Musée, Mr Gévaert, dut, selon le règlement, la mettre au dépôt, en même temps que d'autres œuvres d'artiste encore vivant mais qui n'étaient plus dans les goûts déliquescents. C'est d'ailleurs lui qui fit disparaître des salles du Musée de peintures de Bruxelles les grandes toiles de Louis Gallait, "L'abdication de Charles–Quint", « Le compromis des nobles » de Debieve, et d'autres œuvres de grande valeur pour faire place aux platitudes de l'Ecole de Laetem St Martin. La "Salle Gevaert" qu'il s'est créé est devenue la salle des horreurs, où pour bien montrer son mauvais goût et sa vanité, il a fait placer son buste!

 

En 1894, je partis en Italie avec ma femme et mes deux enfants heureux de ce voyage au pays de tant de chef-d'œuvre. Ma première profonde émotion fut celle où dans le train je vis le panorama de la ville de Florence. L'émotion fut si intense que j'en versais des larmes. Il me semblait que j'y avais vécu. Après m'être arrêté à Florence pendant quelques jours pour jeter un premier coup d'œil sur les monuments et les œuvres d'art, je me dirigeai vers Rome, où je devais faire résidence et parfaire mon éducation artistique en travaillant à mes envois d'œuvres et de rapports, ainsi que l'exigeait le règlement du concours. Je ne restai à Rome que quatre années sur les cinq règlementaires jugeant que je préférerais retourner à Bruxelles pour y faire construire une maison et un atelier à ma guise, ainsi que pour continuer à terminer mon œuvre nouvelle: L'Ecole de Platon, commencée à Rome, et que je désirais achever et exposer  au Salon de Paris, toile mesurant six mètres sur  trois mètres dont j'obtins du succès dans les diverses expositions où elle figura depuis notamment celle où on lui décerna la Médaille. Cette œuvre fut exposée à Bruxelles, Berlin, à Paris. Au Salon de Berlin, la firme d'édition allemande d' Heidelberg (Karl Lebeau) se chargea d'en éditer une reproduction en couleur, reproduction admirable sur papier japon, et d'une parfaite exactitude de couleur, qui se vendit cent francs l'exemplaire. Je crois que rarement on est parvenu à une telle perfection dans la reproduction en couleur. J'en garde précieusement un exemplaire, d'autant plus que cette toile est considérée comme étant l'une de mes meilleures œuvres. Elle m'a été achetée par l'Etat  français et a figuré au Musée du Luxembourg à Paris pendant des années. Puis, le recteur de l'Université de Paris demanda à l'Etat de la placer définitivement dans la salle de des lettres de la Sorbonne, où elle est encore. Lorsque en 1900, je l'exposai au Salon de Paris, c'est Puvis de Chavannes, président du Salon, qui la fit placer dans le salon d'honneur de l'exposition, où je la vis à côté de son panneau Geneviève veillant sur Paris.

 

 

Et depuis cette période, je continuais à produire chaque année de mes œuvres et pendant ce temps de création régulière des petites et grandes toiles en exposant dans les diverses expositions, tout en me trouvant souvent en face de difficultés matérielles. Ma famille ne fit que grandir, ce qui ne fit que la vie de l'artiste assez pénible. Mais jamais je ne négligeai l'éducation scolaire et morale de mes enfants dont le nombre en 1914, était de trois garçons et trois filles. Raphael, Elie, Olivier, Eva, Mira, Annie. Je ne dois pas omettre de citer ma petite fille Elsa, morte à l'âge de deux à l'époque où ma femme et moi étions encore jeunes mariés hébergés chez mes parents à St Gilles. Mon ami Victor Rousseau vit la petite fille morte dans son berceau et il en fit le buste en marbre que j'ai gardé en souvenir précieux mais douloureux de cet enfant décédé si jeune!

 

C'est je crois en 1900 qu'un changement important survint dans ma vie d'artiste. Faute d'argent, je n'avais pu exposer cette année. J'étais fort déçu, découragé d'une situation qui de jour en jour menaçait de contrarier ma carrière artistique, lorsqu'un jour on sonne chez moi dans l'après-midi vers trois heures. J'ouvre la porte et que vis-je ? Le sculpteur Vanderstappen, accompagné de quatre messieurs, et qui me tend la main en disant, "mon cher Delville, on vient vous chercher!" Je fus quelque peu interloqué et on m'expliqua… Les trois messieurs étaient des personnalités écossaises, représentant de l'Ecole des Beaux-arts de Glasgow qui avaient vu de mes anciennes études primées à l'Académie de Bruxelles. Ils cherchaient un professeur pour leur Ecole de Glasgow et ils me proposaient cette place avec un traitement inespéré!

Or j'avais sollicité une place à l'Académie de Bruxelles quelques jours auparavant et l’on m'avait laissé espérer de réussir. Sur ces entrefaites, j'étais allé visiter pour un jour ou deux l'exposition universelle de Paris. Arrivé devant le Trocadéro, je vis un village arabe où J’entrai en curieux dans une des tentes ù l’on m’annonçait un diseur de bonne aventure. Je me trouvai devant un magnifique et vieil arabe qui me regarda et dit à son  ogman qui lui servait d’interprète : « Ce monsieur est fort inquiet au sujet d’un emploi qu’il a sollicité. Il ne réussira pas de ce côté… mais bientôt il sera appelé dans une fonction dan un pays au-delà de la mer. Je sortis un peu sceptique et attristé. Je n’y pensai plus. Dès mon retour à Bruxelles j’appris que l’administration communale avait nommé un autre candidat (Richir). J’en fut encore à ma déception lorsque le sculpteur Vanderstappen, flanqué des personnalité écossaises, vinrent me proposer la place de premier professeur à la Glasgow School of Arts.

 

Je devais entrer en fonction huit jours après et, en effet, le temps d’arranger les choses, je décidai de me rendre à Glasgow, la deuxième ville de l’empire britannique, où j’arrivai à la date fixée, en m’arrêtant avec ma famille à Londres où des amis théosophes me trouvèrent un hôtel pour passer la nuit avec femme et enfants. L’Angleterre du Nord m’était totalement inconnue. Je n’y connaissais personne et j’ignorais la langue anglaise, je partais dans l’inconnu, mais avec l’espoir d’une vie meilleure. A mon arrivée avec ma famille j’étais attendu par M. Newberry, l’un des messieurs qui avait insisté pour que je commence mon professorat le plus tôt possible. C’était lui-même un peintre anglais qui dirigeait la Glasgow School of Arts considérée comme étant une des plus importantes de Angleterre. Cet homme m’accueillit cordialement et s’occupa, lui et sa femme Mrs. Newberry, à me chercher un logement convenable dans cette immense ville brouillardeuse et industrieuse, riche et noire, mais où grouillait une population sympathique et cultivée.

 

Dès que j’entrai en fonction, mon premier contact avec mes élèves fut fort accueillent. Avec l’aide d’un interprète intelligent, je fus facilement compris et aimé d’eux. Au bout de trois mois, je pus converser suffisamment en anglais. Certains de mes élèves devinrent de véritables amis, admirateurs dévoués. Mes cours de dessins et de peinture étaient suivis avec enthousiasme, parce qu’ils se rendaient compte de progrès qu’ils faisaient en suivant mon enseignement. Chaque année le gouvernement de Londres organisait des expositions de travaux des élèves de différentes écoles d’art du pays et c’était ceux de Glasgow qu’on jugeait les meilleures études dessinées et peintes. Le nombre des élèves augmenta et on finit par me confier la direction artistique de la School of Arts pendant les sept années (de 1900 à 1907) que j’y restai. Mais le climat, pluies et brouillards était très dur à supporter, surtout pour les enfants, car les fièvres noires (black fever) y régnait et l’un de mes fils en fut atteint assez gravement et dut séjourner pendant deux gros mois dans un hôpital et ni sa mère ni moi ne pouvions le voir à cause de la contagion. Moi-même le climat me fit souffrir de la gorge, ce dont je fus malade, au point que le médecin écossais en fut fort inquiet pendant des semaines. Bref, je résolu de ne pas continuer à vivre à Glasgow et que dès qu’un occasion se présenta je retournerais dans mon pays. Cette occasion vint : une place de professeur était nécessaire à l’Académie de Bruxelles où j’avais obtenu tant de distinctions tout jeune élève que j’étais à cette époque. Je posai ma candidature et je fus nommé (1907). Comme le traitement était inférieur à celui de Glasgow, je formai à Bruxelles, indépendamment de mon cours à l’Académie, un atelier libre ou j’eus non seulement des élèves belges, jeunes gens et jeunes filles, mais même des élèves de Glasgow s’y firent inscrire, dès qu’ils apprirent que je continuais à donner des cours libres. J’avais donc le cours du soir à l’Académie et cours de jour à mon atelier libre, ce qui m’empêcha de travailler, de produire mon art personnel. Après quelques années je cessai l’Atelier libre et continuai à donner mon cours à l’Académie jusqu’à l’âge de 70 ans, dernier délai.

 

Pendant les 30ans que je professai à l'Académie de Bruxelles (de 1907 à 1937) ce fut une période assez active d'œuvres peintes. Elles sont assez nombreuses et bien différentes, portraits et compositions, notamment une énorme toile "le Cycle passionnels" inspiré d'un texte de la Divine Comédie de Dante, dessinée au fusain avec un groupement de figures nues. Elle mesurait neuf mètres sur six mètres. J'en fis don à Louvain, ma ville natale. Le Bourgmestre de Louvain vint la voir et décida de la faire placer dans la grande salle de la Table Ronde. en attendant d'être placée à cet endroit on la roula et on la déposa au Théâtre de la Ville où, pendant la guerre de 1914, les Allemands mirent le feu pendant le saccage de la cité en flamme! C'est dans cet atelier que j'exécutai plusieurs grandes toiles symboliques: La chair et l'esprit; Le crime dominant le monde; La Terre; Le Portrait en Noir et Violet; Le Parsifal, et plusieurs autres dessins et peintures, exposées aux Salons annuels du Cercle L'Essor. A cette époque aussi je peignis les Trésors de Sathan qui figure au Musée de peinture de Bruxelles et appartient à l'Etat tout en restant au dépôt depuis des années.

 

C'est en 1911 que l'Etat me fit commande de décorer la Salle de la Cour d'Assisses du Palais Justice de Bruxelles. Cette commande importante se composait de cinq panneaux dont le central mesurait huit mètres sur trois mètres cinquante et quatre panneaux latéraux de de quatre mètres cinquante  sur deux mètres quarante. Travail énorme auquel je travaillai pendant cinq ans et que j'interrompu lorsqu'éclata la guerre 1914. Au moment où l'armée allemande envahit la Belgique et gagna Bruxelles, je résolus de me réfugier avec ma femme et mes enfants en Angleterre, comme le firent un grand nombre de belges. Mes deux fils, Raphaël et Elie engagés volontaires l’un et l’autre, firent les quatre années de guerre en patriotes courageux et ne furent cependant pas blessés. C'est en arrivant à Londres que j'appris que les Allemands s'étaient installés en partie dans la Cour d'Assises, dont ils avaient fait un dortoir. Une revue illustrée anglaise publia une photographie représentant la soldatesque occupante installée dans sa literie militaire, chemises, longes, et bottes et fusils rassemblés avec désordre dans cette admirable architecture de marbre de la Cour d'Assises. Heureusement, mes peintures, cette année là, sont restées intactes.

 

Pendant les quatre ans de guerre 1914 à 1918 – J'organisai, de concert avec les belges parmi les nombreux réfugiés une Ligue des Patriotes, en même temps que je rassemblai les artistes belges de Londres pour continuer le mouvement créé en Belgique de la Fédération des artistes. Je pris une part active aux diverses manifestations publiques et j'y prononçai maints discours notamment à Hyde Park et ailleurs, surtout la grande manifestation du Belgian Day où je pris la parole devant l'ambassade de l'Italie pour l'inciter à entrer en guerre avec les Alliés. C'est à ce moment aussi que j'eus l'occasion d'exécuter une grande toile: "Sur l'autel de la Patrie et une autre "La Belgique indomptable laquelle me fit acquise par la commune de Forest. Je fus également l’animateur d’un livre d’art Intitulé « Belgian Art in Exile ».

 

Dès la guerre terminée, je quittai Londres après quelques jours. A Douvres, je ne trouvai plus de place dans le bateau et je dus rester couché que le parquet des fonds froids et obscurs d'en bas pendant la traversée pour Ostende où après avoir subi quelques insultes des ostendais du quai, j'attendis un train démantibulé et qui n'avait pas la moindre vitre. C'était déjà l'hiver et j'eus froid aux jambes et dans le dos. J'arrivai péniblement à Bruxelles et je réintégrai ma maison vide qui avait été occupée par des allemands pendant les quatre années de guerre par quelques officiers qui s’étaient, me dit-on, battus entre eux et avaient détériorés maints objets du mobilier. Ma femme et mes enfants ne purent me rejoindre qu'un mois après mon retour. Ils me trouvèrent malade bien que j'avais reçu les soins du Docteur Marlowe d'Uccle, lequel fit poser des ventouses dans le dos, ce qui me soulagea finalement. Mes deux fils Raphaël et Elie ayant fini leur service militaire je m'occupai de reconstituer dans mon atelier et mon immeuble tout ce qui avait était abimé par les occupants et par la négligence du domestique auquel j'avais confié la garde de la maison mais qui était d'origine française et ancien modèle de peintre français fut menacé par les allemand d'être collé contre le mur de mon atelier avec l'intention de la fusiller pour ne pas avoir dit que j'étais réfugié en Angleterre. Mais le pauvre Lucien échappa tout de même aux balles allemandes. Malheureusement par la suite il ne me fut plus possible de garder Lucien chez moi, comme domestique à cause de son état d'infirmité croissante. J'avais repris mon cour à l'Académie et mes travaux de peinture lorsque je reçu la visite e Mr Jacquemain, Echevin des Beaux-arts de la ville de Bruxelles. Il acquit pour en décorer deux écoles : " L’Autel de la Patrie et "Terre heureuse". C'est alors aussi que Mr Drugman, un particulier, m'acheta le tableau "L'oubli des passions" et que l'architecte Saintenoy de son côté acquit pour le Musée de Dinant: " Les Mères" dont il fit don. Le sujet était un groupe de femmes groupées dans leur détresse devant leurs fils morts pendant la guerre.

Mon tableau "Dante buvant les eaux du Léthé" date de ce temps. Il fut exposé au Cercle Artistique et y fut acquis par un banquier hollandais de Bruxelles. ‘(Scholder)

 

C'est deux ans après que je conçus ma grande fresque symbolique Les forces (1925) mesurant huit mètres sur cinq mètres qui figura au grand salon de Paris 1927. Cette fresque est placée depuis dans la Salle des Pas-Perdus au Palais de justice de Bruxelles, comme une autre grande toile intitulée « Le Génie Vainqueur sui lui fait face. Quant à mes fresques de la Cour d’Assises, détruites par l’incendie provoqué par les Allemands en 1918 lors de leur retraite, elle fut remplacée dans la même Cour d’Assises par les cinq esquisses des originaux, esquisses très achevées malgré leurs petites dimensions.