|
Le Modernisme dans la Peinture JEAN DELVILLE
membre de la Classe.
Quelques idées, rapidement jetées sur le papier, afin de pouvoir
répondre à l'invitation du directeur de la Classe, qui m'avait prié de
bien vouloir faire inscrire une communication à l'ordre du jour de la
présente séance.
Elles m'ont été suggérées par le spectacle assez confus que nous offre,
à l'heure actuelle, ce que l'on est convenu d'appeler le « modernisme »
dans l'art de la peinture.
Quoi qu'on en dise, la définition doctrinale du modernisme n'est pas
précise. Chaque fois que l'on a demandé à ses défenseurs de bien vouloir
le définir, les réponses ont été assez vagues et contradictoires. Les
enquêtes semblent démontrer, en effet, que les modernistes eux-mêmes ne
sont pas bien d'accord, et les définitions que l'on nous en donne
paraissent très flottantes. Mais le modernisme obéit cependant à une
tendance générale qui prétend faire table rase de toute tradition,
c'est-à-dire à ne pas tenir compte de l'expérience artistique du passé.
J'aurais pu, dans la présente étude, généraliser la question en
m'étendant sur les trois arts plastiques, mais j'ai préféré me limiter
au domaine de la production picturale, précisément parce que, de ces
trois arts, c'est celle, on en conviendra, qui relève le plus
complètement de l'imagination individuelle, je veux dire qu'elle est
moins soumise à des principes logiques d'ordre utilitaire, comme c'est
le cas pour l'architecture.
Les peintres, est-il besoin d'insister, sont, en effet plus que les
architectes, sujets à s'abandonner plus librement à leurs fantaisies
personnelles, surtout depuis l'époque où, à tort ou à raison, la
peinture est devenue indépendante de l'architecture, depuis que l'unité
des trois arts a été brisée.
C'est ainsi que s'est créé au sein de la présente génération des
artistes du tableau une illusion, soigneusement entretenue par quelques
esthètes plus ou moins révolutionnaires, illusion consistant à prétendre
que la liberté absolue donnée au jeune artiste procure à celui-ci la
possibilité de créer sans aucune direction, sans aucune tradition, sans
aucun enseignement.
Cette illusion, je n'hésite pas à le déclarer immédiatement, a été
jusqu'ici fatale en peinture.
Mais, j'ai hâte de dire qu'elle l'est beaucoup moins en architecture,
obligée qu'elle est de s'adapter aux conditions nouvelles créées par les
progrès industriels incessants. Il est évident que l'apport de matériaux
nouveaux est de nature à transformer, dans une certaine mesure, la
technique et l'esthétique des architectes modernes. En architecture,
l'innovation est, pour ainsi dire, forcée. La transformation des styles,
dans le cours des siècles, y est (lue, en grande partie du moins, à
l'emploi, dans la construction, de matières permettant et obligeant de
modifier logiquement les formes pour les adapter à des besoins nouveaux.
L'architecture est donc le seul des arts qui soit en même temps
contraint de se soumettre à des nécessités scientifiques et utilitaires.
Bien qu'elle ne soit pas tenue de copier servilement les styles du
passé, elle peut cependant, si l'on n'y prend garde, courir le danger de
trop confondre l'art architectonique avec la bâtisse proprement dite et
ainsi trop rigoureusement, trop géométriquement, confondre l'objet avec
l'usage. Ne voyons nous pas aujourd'hui certains architectes se
réclamant du modernisme le plus aigu, créer des maisons, des monuments
d'une laideur incontestable, et ne parvenant qu'à produire, sous
prétexte d'art nouveau, ce que j'appellerais volontiers le
style fabrique. C'est que
ceux-là sont devenus plus ingénieurs qu'architectes. Leur erreur
consiste à vouloir tirer d'une formule trop strictement mathématique une
expression d'art. Jamais le chiffre seul ne créera une belle forme ou
une belle couleur. Le calcul de l'ingénieur n'est d'ailleurs pas de la
même, qualité, si j'ose dire, que le calcul de l'artiste, et
l'architecte, digne de ce nom, doit savoir rester un artiste et un
poète. Si l'ingénieur reste l'esclave du calcul, l'architecte, lui, doit
savoir en rester le
maitre.
Dans le domaine des arts appliqués, des arts décoratifs industriels, là
aussi l'innovation est rendue possible, et nécessaire, en raison des
progrès mêmes de l'industrie. Là aussi les formes peuvent plus aisément
se renouveler dans le sens de l'adaptation usuelle. Sans aucun doute, à
ce point de vue, l'Exposition des Arts décoratifs de Paris, malgré les
abus qui n'y manqueront pas, attestera, d'une manière intéressante, le
phénomène d'un renouveau à la fois dans l'architecture et dans les arts
appliqués au seuil du XXe siècle.
J'ai tenu, en parlant comme je viens de le faire, à bien montrer que je
ne cherche nullement à combattre systématiquement la tendance moderniste
en art, et que j'admets sa légitimité, là où elle peut et doit
nécessairement se manifester selon les conditions mêmes de la vie
sociale contemporaine.
Je ne veux d'ailleurs pas faire preuve d'hostilité envers une tendance
artistique nouvelle, parce qu'elle est nouvelle. Je cherche plutôt à en
dénoncer les abus, en même temps que les dangers que cette tendance fait
courir en ce moment à l'art. C'est qu'il y a des émotions et des choses
qui ne ressortissent point au domaine de l'art. Vouloir les y faire
entrer de force, c'est, on peut le dire, un véritable viol esthétique.
Je crois, pour ma part, à l'évolution des formes de la pensée
artistique, mais je me refuse à admettre que l'originalité doit être
l'excentricité ou l'extravagance. Or, si l'on en juge par ce que nous
voyons de l'art moderniste dans les expositions nombreuses
d'aujourd'hui, on peut conclure en disant que, par définition, la
peinture moderne c'est tout ce qui
est volontairement incohérent. J'ajouterai à cela que tout ce qui
est incohérent est précisément contraire à l'évolution de l'art moderne.
Je disais tout à l'heure que l'abus de l'élément strictement géométrique
était incompatible avec l'art architectural. Mais si la géométrie
constructive est, en vérité, l'âme rationnelle créatrice de
l'architecture, il n'en est pas de même pour les autres arts plastiques.
Cependant, nous voyons le modernisme pictural commettre cette grossière
erreur qui consiste à vouloir appliquer à la peinture cet élément
géométrique des volumes, des plans, des masses, dont ne peut se passer
l'architecte constructeur.
Et nous avons vu naître de cette erreur ce que l'on a appelé fort
justement « la terreur cubiste », sorte de bolchevisme appliqué à l'art,
et qui emploie les lignes et les couleurs d'un tableau un peu comme
l'architecte à la page emploie le béton armé. Cela nous a valu cette
grotesque iconographie de nus à peine dégrossis, peints comme avec du
ciment, des torses qui ressemblent à des carrières de granit, des têtes
de femmes découpées en pyramides, des cuisses cylindriques, des bras
tuyautés, des seins carrés ou triangulaires, le tout badigeonné de sauce
brune, ou jaune, ou verte ou rouge brique, de l'effet le plus
rébarbatif, et donnant l'impression d'être exécutés par des peintres
atteints d'anthropophagie.
La confusion vient de ce que l'on s'est imaginé trop vite, au nom de la
modernité dans l'art, que la beauté devait émaner exclusivement de la
constructivité géométrique et que la technique moderne, en peinture,
devait s'en tenir, pour être l'expression de notre époque, à ce qui se
rapporte à cette modernité exclusive, absolue, intransigeante. En
vérité, lorsqu'on y regarde d'un peu près, et en dépit de toutes ces
proclamations théoriques, on ne voit pas très bien la nécessité de
l'existence, dans la peinture, de principes tellement nouveaux de
transformation radicale au point de bouleverser, comme le font certains
peintres, toute l'esthétique. Depuis des siècles, les artistes savent
que la loi de symétrie se trouve à la base de la plastique; seulement,
ils n'ont jamais voulu se servir de cette loi dans le but de là
déformation du bizarre et (le la laideur, mais bien plutôt de
l'équilibre et de l'harmonie, principes indestructibles de la beauté des
formes dans l'univers, aussi bien dans les règnes minéral, végétal,
animal, humain, que dans l'ordonnance merveilleuse de notre système
planétaire. Pas plus que la nature, l'art n'échappe à la manifestation
de ces principes. Le tout est, pour l'artiste, de savoir les
extérioriser dans son œuvre, en leur donnant leur valeur spécifiquement
esthétique. C'est une faute que de confondre la symétrie géométrique
avec la symétrie esthétique. Seule cette dernière est capable de
produire la stylisation des formes visuelles. En art, toute forme qui ne
répond pas à une émotion, à un sentiment, à une idée n'a pas de valeur
esthétique.
Or, c'est précisément cette émotion, ce sentiment, cette idée que le
modernisme, par la géométrisation mécanique des choses, cherche à faire
disparaître du tableau et de la sculpture. Le développement normal du
sentiment esthétique se trouve arrêté dès que le facteur psychologique
est supprimé dans l'œuvre. La sensation du beau ne peut se produire là
où l'élément psychologique est banni. En art, les formes, les couleurs,
les sous ne sont utilisables que parce qu'ils éveillent, par leurs
combinaisons cohérentes, harmonieuses, des sentiments ou des idées se
rapportant à la vie morale ou sociale de l'être. On ne peut, sans
faire
courir un grand danger à l'art, séparer le sentiment de beauté de la vie
psychique. L'art n'est pas une
chose mécanique,
mais une chose humaine. C'est ce que tous les grands artistes ont
compris. Il n'est jamais venu à Léonard de Vinci,
–
cerveau puissamment scientifique s'il en fut, –
géomètre, mathématicien, mécanicien merveilleux, –
l'idée de confondre les lois de l'esthétique avec les lois de la
mécanique, lorsqu'il dessinait, sculptait ou peignait.
Mais, ceci dit, on cherche en vain les motifs qui ont fait qu'une
révolution soit devenue nécessaire en peinture, au point de rompre tout
lien avec le passé artistique, en voulant qu'un tableau soit autre chose
qu'un tableau, que la peinture soit autre chose que la peinture. C'est
au nom de la nécessité illusoire de cette révolution que les peintres
modernistes ont outrageusement dépassé la mesure de l'incohérence et du
ridicule. Quand on jette un simple coup d'œil rétrospectif sur le
mouvement pictural du XIXe siècle, on s'aperçoit qu'il n'a
été qu'une réaction persistante contre le conventionnalisme académique
de l'école de David, trop systématiquement enfermée dans le dogme
classique du XVIIIe siècle. Le romantisme et le réalisme ont
réagi contre cette imitation servile de l'antique. Une fois entraînés
sur la pente de l'individualisme romantique et réaliste, il semble que
les peintres n'ont plus su s'arrêter, et bien que les artistes du XIXe
siècle, par leur culte de la nature, ont produit de belles œuvres, parce
qu'ils surent garder quand même les principes se rattachant à la
tradition des maîtres, on est obligé de constater que cette réaction de
l'individualisme eut pour effet d'engendrer l'ignorance et l'anarchie
dans l'art moderne.
Il y a lieu de douter un peu que l'esthétique de
la fenêtre ouverte sur la rue,
laquelle, il y a quelques années, vint éclaircir les palettes en
laissant entrer dans les ateliers, en même temps qu'un peu d'atmosphère
grisaillant ou papillotante, pas mal
de
laideurs d'un réalisme banal, ait pu motiver ce mépris souverain pour
l'art du passé qu'affichent étourdiment les modernistes. Il n'y a
vraiment pas lieu de faire de ce peu de chose : peindre un peu plus
clair des choses sans beauté, –
un événement considérable et de nature à changer toute la face de la
peinture! Que reste-t-il de plein-airisme et de l'impressionnisme
triomphants d'il y a trente ans? Quelques petites toiles qui étaient
très claires, qui s'efforçaient d'être aussi lumineuses que possible et
qui, à présent, après quelques années d'existence, paraissent bien
salies et presque ternes. Toute la misère de cette esthétique luministe,
soi-disant révolutionnaire, apparaît maintenant, et à tel point que pour
réagir contre cette luminosité amorphe, mangeuse des lignes et des
formes, on n'a rien trouvé de mieux que le plus opaque, le plus
monstrueux cubisme ! D'un excès, on est tombé dans l'autre, toujours au
nom du modernisme rénovateur. L'erreur impressionniste a provoqué
l'erreur des cubistes. Et les voici déjà toutes deux reniées par un
autre groupe d'autres déformateurs en
istes...,
lesquels, à leur tour, sont déjà reniés par d'autres médiocrités plus
novatrices... Le gouffre chaque jour ainsi se creuse, et, comme l'a fort
bien remarqué Camille Mauclair, la peinture est arrivée à renier la peinture.
En face de cette esthétophanie incohérente qui en arrive à attribuer à
l'art nègre un rôle providentiel et qui, se basant sur la théorie du
transformisme, annonce que l'art de demain sera de plus en plus le
reniement des grands siècles d'art, il sera tout au moins permis de
poser les questions suivantes :
Les belles choses le sont-elles parce qu'elles expriment les choses
d'une époque? Une couvre d'art est-elle nécessairement plus belle parce
qu'elle contient de la modernité? L'artiste est-il plus réellement
artiste parce qu'il fait un art « neuf », c'es-à-dire moderne?
Voilà trois questions d'ordre esthétique et bien d'actualité!
Si je les pose de cette manière, c'est parce qu'elles contiennent assez
complètement, me paraît-il, tout le fond théorique du modernisme, lequel
affirme qu'en art il faut être avant tout de son temps, rien que de son
temps, et que toute couvre qui n'est point absolument neuve,
c'est-à-dire reflétant exactement le goût de l'époque contemporaine, est
une couvre manquée. Cette manière de localiser et de limiter dans un
temps déterminé l'expression esthétique me paraît, au contraire, une
erreur. Celle-ci domine, depuis environ une cinquantaine d'années, l'Art
tout entier. Taine, par sa fausse théorie de l'influence du milieu, y
contribua beaucoup. L'école réaliste fit d'ailleurs de l'art une sorte
de méthode de documentation. Pour elle, il avait une mission quasi
documentaire. Les professeurs d'histoire de l'art, qui ne voient trop
souvent dans l'esthétique des œuvres que l'aspect d'historicité,
trouvèrent dans cette théorie du milieu une ample matière à
dissertations émaillées de faciles lieux communs. S'il est vrai que le
milieu peut, dans une certaine mesure, soit par l'apport des matériaux,
soit par celui de certaines conventions locales, contribuer, faiblement,
ou puissamment, à favoriser la production artistique d'un temps, il est
cependant inexact de prétendre que l'art est le produit de ce milieu
immédiat et que son expression ou sa valeur en dépendent.
L'art, dans sa manifestation humaine, est avant tout un phénomène
psychologique, spirituel, interne, de l'imagination, et l'imagination de
l'homme est une faculté indépendante. Le sentiment du beau, la création
du beau ont leur existence propre. Ils viennent du dedans de l'homme.
Ils sont une expression de sa vie intérieure. Ils sont
innés. Ils ne sont nullement,
comme on le croit aujourd'hui, le produit de l'ambiance naturelle ou
sociale.
Ce n'est ni la nature extérieure, ni la société, ni le temps qui donnent
à l'être humain, à l'artiste le génie de l'Art.
Pour produire une
œuvre
quelconque : vase, statue, tableau, fresque, musique, architecture; pour
manifester une chose belle, l'artiste n'a aucun besoin de dépendre
absolument du milieu dans lequel il vit, moins encore a-t-il besoin de
reproduire, d'imiter les choses dont se compose ce milieu, ou de s'en
inspirer. Faire de l'artiste l'esclave de la nature, l'esclave de son
milieu, l'esclave de son temps, et vouloir limiter sa potentialité
créatrice, sous le fallacieux prétexte que sa sensibilité doit
s'enfermer dans le cercle étroit d'une courte période, c'est empêcher le
génie de l'Art de se déployer librement dans le domaine qui lui est
propre et qui est celui de l'esprit universel.
Ce qui est réellement beau reste beau à travers toutes les époques.
Jamais la vraie beauté dans l'art n'est surannée, puisque la beauté en
soi est indépendante du temps. Au contraire, ce qui devient vite
suranné, c'est beaucoup plus, précisément, ce que l'on est convenu
d'appeler le goût du moment, c'est-à-dire la mode, l'imitation
instantanée des choses documentaires. Ce qui passe et finit par agacer,
c'est ce qui est dû à l'asservissement de l'artiste aux choses de son
époque, surtout lorsque celle-ci manifeste des goûts ridicules,
baroques. Le suranné, c'est ce qui a été trop nouveau à un moment donné,
ce qui a été momentanément trop moderne. Le style
rococo par exemple, fut le
goût d'une époque. Pour être de son temps, pour être moderne, pour
refléter le milieu, il fallait alors l'aire du
rococo! La modernité d'alors
était un affreux mauvais goût. Qui nous dit que la modernité d'à présent
ne paraîtra pas tout aussi ridicule, tout aussi affreuse aux générations
de l'avenir?
Aussi, est-ce une illusion assez grossière que celle qui consiste à
vouloir mesurer absolument, systématiquement, la valeur de l'œuvre d'art
à son seul degré de modernité, comme certains essaient de le faire
aujourd'hui, au nom d'on ne sait quelle bizarre et superficielle
originalité. L'art est la manifestation de la
qualité, non pas de l'actualité: Cette qualité esthétique ne doit
pas être emprisonnée dans un système d'actualité, pour la raison que le
beau ne peut être mis exclusivement au service des caprices éphémères
d'une contemporanéité fugace et changeante. Il n'y a qu'une seule
sensibilité qui compte, c'est celle qui donne la vibration de la beauté
réalisée. Il n'y a qu'une seule époque qui vaille pour l'art, c'est, si
l'on ose dire, la permanente époque de la Beauté. Que celle-ci ait été
produite il y a mille ans, il y a cinq cents ans, il y a cent ans, ou
qu'elle ait été produite d'hier, ou d'aujourd'hui, l'œuvre de beauté
gardera sa valeur et sa signification. S'il n'en était pas ainsi, les
musées n'auraient aucune raison d'être et la culture esthétique ne
serait qu'un vain mot.
Être moderne, cela signifie donc, pour beaucoup, épouser et exprimer
aveuglément toutes les erreurs, tous les défauts, toutes les infirmités
de son temps. C'est ainsi que l'artiste moderniste, pour vouloir être
original, –
du moins ce qu'il croit être original, –
asservit l'art aux laideurs de l'ambiance sociale. Il s'imagine que le
dernier mot de l'esthétique c'est de faire abstraction totale de l'art
du passé, de renier tout ce qui a été réalisé avant lui et de prétendre
que l'époque seule on il vit est capable de lui fournir tous les
éléments de création désirables. Pour lui, il n'y a de beau que ce qui
est « nouveau » dans le sens de sa modernité immédiate.
Il n'y a d'ailleurs plus de maîtres pour lui. L'artiste moderniste, si impuissant, si médiocre
qu'il soit, est son propre maître. L'art commence seulement à partir de
lui et par
lui ! Cette ridicule
présomption lui vient de la théorie individualiste appliquée
rigoureusement aux arts. Dès lors, l'étude, l'exemple des maîtres
deviennent choses non seulement superflues, mais nuisibles à ses yeux.
La myopie artistique du moi dont il est affecté l'empêche de voir ce que
les maîtres ont fait. Sa maîtrise à lui vient du seul fait qu'il veut
dessiner, peindre ou sculpter « comme on n'a jamais dessiné, peint ou
sculpté » précédemment. Que lui importe, si ce qu'il fait est d'une
laideur repoussante ou d'une médiocrité absolue! Il est « neuf », il est
« autre », il est « lui ». Cela seul lui suffit...
Le beau, dès lors, est devenu chose superflue, inutile, dans l'œuvre
d'art. Les conditions d'harmonie dans la forme et dans la couleur sont
pour lui des vieilleries. Le secret du génie est, à ses yeux,
l'ignorance totale. L'idéal est devenu ainsi celui du sauvage, du nègre.
Peu à peu, ce que l'on appelle, avec une ostentation quelque peu
ridicule, « art moderniste » cherche à ressembler, le plus possible, aux
productions les plus frustes, les plus primitives, des indigènes de
l'Afrique centrale. Etre de
son temps, être moderne, ou supermoderne, pour les peintres et les
sculpteurs modernistes, c'est retourner, ni plus ni moins, au passé le
plus obscur, à la barbarie primitive, à la tradition bestiale fétichaire
de « l'art » des races noires, c'est-à-dire de la laideur coloniale!
Le navrant et inquiétant illogisme de cette esthétique « nouvelle »
montre à l'évidence l'état névrotique de certaines mentalités. Mais, à
la vérité, ce retour à la primitivité la plus abjecte est la conséquence
d'une impuissance morbide. Ce besoin maladif qu’éprouvent quelques
esthètes et quelques artistes d'un renversement complet des notions
saines et normales de l'art est dû, en grande partie, à cet incohérent
dilettantisme de la modernité outrancière qui, à force de vouloir
chercher les sensations esthétiques nouvelles, neuves, violentes,
laides, anormales, ne trouve rien de plus
moderne que d'aller, pour les
imiter, vers les choses les plus surannées, les plus préhistoriques du
monde !
Avec ce futurisme à rebours, nous, Européens civilisés, nous, latins
raffinés par des siècles de culture, retombons à quatre pattes.
Par lui, l'art moderne fait véritablement
la bête. Pour l'un des « managers », attitrés de la « Jeune-peinture
», les peintres doivent, dit-il, « redevenir bêtes » pour être des
artistes nouveaux! Cette bêtise artistique, à laquelle la critique
d'avant garde fait appel pour la rénovation des arts, se manifeste tous
les jours, hélas ! sous nos yeux effarés. L'abêtissement est d'ailleurs
à son comble. Aussi voyons-nous de plus en plus l'angle de vision de
certains artistes se réduire à la représentation de formes primaires,
chaotiques, disloquées, sans même qu'elles aient le charme archéologique
de cette naïveté naturelle que nous montrent parfois les arts primitifs
les plus grossiers.
Quand les artistes se laissent suggestionner par des littérateurs
il
à prétentions esthétiques, quand ce sont de vagues hommes de lettres qui
s'érigent en théoriciens d'art, alors les arts plastiques courent le
danger de perdre leurs principes fondamentaux.
C'est toujours, en effet, au détriment de ces derniers que tableaux et
sculptures se modernisent en devenant des choses hideuses, où la
platitude prend le plus souvent la place du talent absent.
Est-ce à dire que l'on ne peut tirer des éléments d'art des matériaux
que nous offre la vie moderne ? Nullement. Des artistes contemporains,
voulant réagir avec raison contre certaine école où le pastiche a été
jusqu'ici trop en honneur et
où
persistait trop longtemps la convention des redites faciles et banales,
se sont mis à la recherche d'une beauté mieux en harmonie avec
l'évolution de la sensibilité esthétique véritable. Ils ont su trouver
autour d'eux, dans la vie ambiante, des thèmes de représentation
plastique vraiment remarquables, tout comme l'ont fait les grands
artistes des siècles passés. Mais, j'ai hâte de le dire, ces artistes
modernes, tout en cherchant des formes moins connues, des aspects moins
surannés, n'ont point cru devoir pour cela dénaturer complètement les
notions du dessin, de la couleur et de la composition. L'acte de
renouveler leur vision et leur technique, l'acte de dessiner, de peindre
ou de sculpter n'a pas consisté pour eux à l'enlaidissement
catastrophique des êtres et des choses, à la géométrisation de la
laideur, à l'amorphisation vomitatoire de la couleur et des formes.
L'art de la peinture n'a pas pris sous leurs doigts créateurs on ne sait
quels aspects louches et verdâtres de criminalités peintes. Leur talent,
pour être personnel et original, n'a pas dû prendre une allure de filou
se complaisant clans la figuration des gens interlopes des bouges, des
dancings et autres lieux malfamés, et leur sens moral n'a point dû
s'encanailler jusqu'à rechercher pour modèles, de préférence des corps
avariés de prostituées, des facies de criminels, des macchabées
d'hôpital, etc.
Pour être modernes, ils n'ont pas dû rendre répugnant, pitoyable, tout
ce qui passe sous leurs yeux et sous leurs pinceaux.
Est-ce que la manière moderne en art doit consister nécessairement à
vouloir rendre toute chose abominablement vulgaire et sinistrement bête,
comme le prétendent les derniers venus du modernisme? Est-ce que pour
être « neuf », il faut faire très
laid ? Certes non. Mais les modernistes à la page sont incapables de
comprendre autrement l'esthétique de notre temps, parce que créer en
beauté est devenu trop au-dessus de leurs moyens. Faire beau, cela exige
une sensibilité supérieure, un pouvoir de réalisation plastique peu
ordinaire, un sens spécial de l'équilibre et de l'harmonie, une volonté
haute
de
perfection, un respect total de l'Art. Ces qualités, nos modernistes
n'ont jamais pu les posséder. Ils sont, au sens vrai du mot, des
impuissants en général et, dans tous les cas, des dévoyés.
Si le monde nouveau de ces peintrailleurs doit être tel qu'ils le
peignent, c'est-à-dire peindre beaucoup plus laid que ce n'est en
réalité, à quoi bon nous le montrer? Ces messieurs sont excédés,
disent-ils, de la beauté des
chefs-d’œuvre
anciens, parce que le
chef-d’œuvre
est, à leurs yeux d'artistes « nouveaux » , une anomalie, une chose
inutile, nuisible, et qu'il vaut mieux détruire! Aussi, le Musée du
Louvre est-il devenu pour eux un véritable cauchemar. S'ils osaient, ils
s'en feraient volontiers les incendiaires, afin d'avoir la joie de voir
disparaître dans les flammes toute gloire artistique (lu passé. La
moindre peinturlurage est désormais, pour eux, autrement intéressant
qu'un Vinci, un Rubens, un Velasquez, un Rembrandt. Ils casseraient
volontiers aussi, à coups de marteau, les marbres divins de la
Vénus de Milo, de la
Niké (le Samothrace, de
l'Esclave de Michel-Ange, dans
le but (le remplacer ces « vieilles académies » statuaires par les
abominables et grotesques idioties cylindriques, cubiques,
triangulaires, que de pauvres impuissants,
qui se disent sculpteurs, exhibent dans leurs expositions d'avant garde
et qu'exaltent quelques esthéticiens fumistes, dans le genre de ceux qui
écrivent que tout le mal vient d'apprendre et de savoir quelque chose!
Ce vandalisme esthétique sous-entend simplement retourner « à l'origine
de toutes les formes ». Et cela équivaut, sous prétexte de modernité. à
la crétinisation de l'art –
ni plus ni moins.
C'était inévitable. On doit aboutir à la fatalité de la laideur en
voulant innover de parti pris, en détruisant systématiquement tout ce
qui procède d'une antériorité. Innover n'est
point
synonyme de détruire; c'est transformer, c'est apporter à ce qui existe
d'autres éléments. Les grands maîtres de l'art ancien, sans exception,
n'ont pas fait autre chose. L'évolution est une transmission incessante
de ce qui est renouvelable. Elle ne saurait jamais être la suppression
totale des acquis antérieurs. Il y a dans la nature la loi d'évolution.
C'est entendu. Mais il y a en même temps dans la nature la loi de
conservation. La manifestation de la vie universelle a deux fonctions
éternelles Évolution et Conservation. Sans ces deux fonctions,
complémentaires et dépendantes l'une de l'autre, nul équilibre, nulle
harmonie, nulle beauté ne seraient possibles dans le cosmos. Ce que nous
appelons la Création n'est donc que le perpétuel, le permanent accord de
ces deux lois vitales : l'évolutionnelle et la conservatrice.
Il en est de même dans l'Art, reflet dans l'homme du processus de la
création. C'est dans ce sens que tous les grands artistes sont des
créateurs et des conservateurs à la fois. La volonté créatrice est faite
de toutes les puissances, et ces puissances sont faites, chez l'artiste
de génie, de l'acquis traditionnel autant que de l'effort individuel.
Il n'est pas vrai que l'esprit dans l'homme est nouveau, ni que les
conceptions de son esprit sont nouvelles. Il existe une hérédité
esthétique des siècles. Tout phénomène artistique est d'ordre
intellectuel et moral. Il participe et dépend à la fois du passé, du
présent, de l'avenir. Il n'y a jamais aucune rupture possible dans la
continuité incessante des phénomènes intellectuels et moraux dans le
temps et dans l'espace. C'est, d'ailleurs, une impossibilité
psychologique de faire une chose qui serait absolument
nouvelle, car cette chose
absolument nouvelle serait une monstruosité hors nature, sans rapport
aucun avec la norme des choses.
C'est pour avoir oublié ou méconnu cette
norme dans l'art que nous
voyons certains artistes d'aujourd'hui produire de véritables
monstruosités et que la plupart de leurs œuvres sont des sortes
d'avortements.
La peur exagérée du « déjà vu » peut conduire aux recherches les plus
ridiculement outrancières. Les modernistes oublient qu'on a toujours
déjà vu ce que l'on voit, puisque toute chose procède nécessairement
d'une autre chose. Ils oublient aussi que le but premier de l'art est
invariablement de dégager la belle forme artistique du chaos des choses
informes et que la nouveauté ou l'intensité, sans l'harmonie, c'est
toujours la laideur. L'art d'hier, l'art d'aujourd'hui, l'art de demain
ne peuvent que répéter la loi même du
chef-d’œuvre,
c'est-à-dire réaliser le point le plus parfait auquel l'artiste pourrait
atteindre.
Au point de vue moral, à voir le nombre d'artistes qui trahissent l'art
en cherchant uniquement à se faire par lui de la réclame ou une,
fortune, à voir combien facilement s'obtient de nos jours le succès, on
peut se demander s'il n'y a pas lieu de craindre que la peinture
nouvelle contribue à faire perdre complètement son rôle éducateur du
goût et qu'elle déprave le domaine de la plastique.
N'est-il point permis de s'inquiéter lorsque nous voyons le sentiment de
l'art tombé sous l'influence dégradante d'une esthétique fausse
proclamant que l'artiste doit être seulement représentatif de son milieu
et de son temps, au point d'en épouser les erreurs, les troubles, les
maladies?
Sans être pessimiste, sans faire preuve d'esprit réactionnaire, sans se
montrer rétrograde, on peut cependant penser que les destinées de
l'esthétique moderne paraissent plutôt désastreuses, si elle continue à
dévoyer les peintres en créant cette illusion littéraire qui consiste à
méconnaître et à déformer les conditions mêmes des arts plastiques.
Ne voyons-nous pas d'ailleurs les conditions morales
de
probité, que l'artiste doit être le premier à respecter, s'évanouir de
jour en jour? Ne voyons-nous pas diminuer d'une manière inquiétante et
désolante chez beaucoup d'artistes d'aujourd'hui cet effort de
conscience qui a fait les maîtres?
Ne voyons-nous pas entre leur art et eux une sorte de désaccord?
Le peintre moderniste, si l'on ose se permettre une image tirée du monde
de la dévotion religieuse, « a perdu son finie », ou, s'il ne l'a pas
perdue, cette âme, il est certain qu'il l'a asservie à des
considérations extérieures ambiantes, incompatibles avec la dignité de
son métier. D'ailleurs, la
crise du goût est plus encore peut-être une crise morale.
L'arrivisme artistique existe actuellement comme jamais il n'a existé.
Les modernistes à tous crins ne reculent devant aucun moyen pour mettre
en évidence leurs productions tintamarresques. Ils ont des recettes pour
fabriquer le succès facile. Les procédés réclamiers chers à certains
dans d'art nouveau sont les mêmes que ceux du charlatanisme avéré. C'est
une véritable coalition organisée pour la mutuelle admiration et ou les
plus médiocres trouvent des thuriféraires exaltés. Tous y ont du talent
et du génie à revendre. Il y règne un enthousiasme à la fois agressif et
mensonger. On y est collectivement célèbre. Dès l'instant où un jeune
homme et une jeune fille, totalement dépourvus de culture, font,
nécessairement, par impuissance, par inexpérience, de «l'art nouveau »,
en se livrant aux naïvetés et aux audaces les plus saugrenues, ils sont
classés parmi cette célèbre phalange « d'avant-garde » qui, sous
prétexte de liberté en art, préconise l'outrance, la licence, la
roublardise et la niaiserie. Ce n'est plus l'œuvre en soi qui, dès lors,
crée les valeurs artistiques,
c'est le groupement, c'est le clan, c'est la tendance. Et le public,
entraîné malgré lui par la clique frivole des snobs, par les journaux et
les revues, subit passivement, à la longue, cette suggestion, où la
déformation du goût, la perversion du sens esthétique jouent le rôle
principal. Et, peu à peu, on finit par trouver naturelle une théorie qui
ravale le génie à un caprice instinctif' et qui fait des beaux-arts
quelque chose comme un culte de la laideur, où le beau est remplacé
systématiquement par le bizarre, la vérité par la trivialité, le talent
par l'incapacité. C'est ainsi que la peinture est devenue l'art du
chaotique et de l'embryonnaire. Le problème pictural pour ce que l'on
est convenu d'appeler la « jeune-peinture », consiste à rendre la beauté
insupportable ». On l'a remplacé par un art de marchands de jouets. La
sensibilité moderne cherche en effet à se satisfaire dans la
représentation graphique de formes prenant l'aspect de tuyaux de poêle,
de zigzags, de cubes, de cylindres, de toute une géométrie baroque et
grotesquement abstruse.
Et des gens qui se croient sérieux, voulant être à la page, craignant
d'être taxés de décrépitude ou d'incompréhension, s'attardent à ces
élucubrations, parce qu'ils croient y trouver l'esprit de l'époque, une
expression de la modernité en art!
Mais je ne veux point me montrer injuste. Je ne veux pas renier
globalement les tâtonnements monstrueux de cet art soi-disant nouveau.
Je veux bien reconnaître qu'il y a, dans certaines recherches actuelles,
si incohérentes qu'elles soient, une tentative obscure vers une
expression, non pas supérieure, mais nouvelle, de la technique, et que,
même au fond de cette vague malsaine d'individualisme déréglé, il y a
lieu d'observer, sans parti pris, un effort encore maladroit vers un art
moins bourgeoisement académique ou moins imitativement insensible.
Depuis un demi-siècle, les artistes ont manifesté une légitime
indépendance envers des formes conventionnelles usées, cherchant à
réaliser un idéal artistique qui corresponde davantage à leur vision
intérieure. De grandes et salutaires modifications ont été ainsi
apportées aux arts. Il y a un art
moderne. Il a su renouveler les formules anciennes, mais sans devoir abolir
tout lien avec l'esthétique traditionnelle, sans devoir rejeter l'idée
de beauté. Ces artistes-là ont compris qu'un art qui renie l'objet même
de sa recherche est un art qui se renie soi-même, et qu'il n'est point
du tout nécessaire de détruire la tradition, dans ce qu'elle a de
meilleur, pour contribuer au progrès de l'art et à guider son avenir.
Malheureusement, il semble qu'à la faveur de la terrible crise que la
société traverse depuis le lendemain d'une guerre effroyablement
barbare, la génération d'artistes d'à présent a perdu le sens de
l'équilibre et que l'anarchie est dans beaucoup de cerveaux. La folie
sociale qui, sous différentes formes, bouleverse à cette heure les
peuples européens et qui, en Russie, a pris la forme dictatoriale du
bolchevisme, a eu pour effet
d'apporter un grand désordre dans les arts. Ainsi donc, tout en
reconnaissant, en toute loyauté que l'art contemporain, dans ce qu'il a
de révolutionnaire, dans sa frénésie d'innovation, apporte une note dans
laquelle on reconnaît le phénomène pathologique de notre temps, en proie
aux bouleversements psychologiques les plus profonds, on ne peut
cependant prendre au sérieux ces poussées inconscientes, hystériques,
d'une sensibilité aiguë qui, malgré tout, dans son offensive brutale,
aveugle, exacerbée, contre la tradition, n'a abouti jusqu'ici qu'à
provoquer dans la vie artistique du moment qu'une lamentable déception.
Certains esprits complaisants n'y voient, il est vrai, aucun mal. Ils
encouragent même cette dégénérescence de l'art. Ils croient voir dans
cette monomanie du laid, dans ces turpitudes du pinceau et de
l'ébauchoir, une manifestation du génie de la rénovation !
Ils ne se rendent pas compte que si le poncif et le pastiche sont, en
effet, une impuissance, le modernisme actuel en est une autre. Ils
perdent de vue que l'art, sous aucun prétexte, que ce soit au nom d'une
convention, ou au nom d'une rénovation, n'a
pas le droit, si l'on peut dire, de produire la laideur.
Malheur à ceux qui auront oublié la couleur, la forme et la mesure, les
trois conditions essentielles de l'art ! » s'écriait-on, à juste titre,
il y a quelques années. Eh bien, ces
trois conditions essentielles' de l'art ont non seulement été
oubliées par les modernistes de la peinture, mais elles ont été reniées,
outragées, et, faut-il le dire, leur violation a été étrangement
encouragée par certains de ceux qui les glorifiaient autrefois.
Je sais bien que l'on peut mettre de telles volte-face esthétiques sur
le compte du phénomène de la variabilité des goûts, mais elle montre
aussi celui de la superficialité de certaines convictions, en même temps
qu'elle met en évidence la déplorable confusion qui règne en ce moment
dans l'esprit et dans les arts, confusion que j'ai cru devoir dénoncer
dans ces quelques lignes. trop hâtives et trop incomplètes, mais par
lesquelles je conclurai en disant : s'il est vrai qu'aucune tradition,
si bien observée soit-elle, ne suppléera à jamais une sensibilité
vibrante, il n'en est pas moins certain qu'aucune sensibilité, si
vibrante qu'elle soit, ne pourra se passer de Tradition, sinon elle
aboutit, en peinture, à la sauvagerie.
|