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LE FRISSON DU SPHINX

 

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JEAN DELVILLE


 

Regarde avec les yeux de l'esprit –

(Initiation Orphique)

 

 

BRUXELLES

HENRI LAMERTIN, Éditeur

20, RUE DU MARCHÉ AU BOIS

1897

 

 


 A M. de Saint Yves d’Alveydre

 

 

A vous Maître à l'initié de la « Mission des juifs » et de la « Mission des Souverains, à vous qui m'ignorez et dont l'œuvre colossale m'illumina l'entendement; à vous, l'Une des plus rares et des plus significatives intelligences de ces temps exécrables; à vous, le génial inconnu, j'offre humblement, en signe d'hommage respectueux, ce livre trop imparfait et, peut-être, indigne de vous.

J. D.

 

1896.

  


 

CONTENTS

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Le Frisson du Sphinx

Impérator

Tête d'ombre

La Prière d'un Mage

Splendor

A Héraklès

La Parole du Poëte

Magica

Sérénité

Le Triomphe de Paros

Synarchie

Babel

L'Etoile Noire

La dernière Caresse

Labor

Intérieur

Sabaoth

Le dieu Noir

Le Trésor du Roi

Le Soir Surnaturel

Psychia

Le Fléau

Le Dragon du Seuil

Le Conseil d'un Sage

L'Icone

Sainte Face

Pour un Mystique

L'Inconnue

Les Murmures de l'Ombre

Le dernier Geste

Aurora

Homo Liber

Le Veau d'Or

Le Livre Sacré

D'En Haut

La Ville Passionnelle

Thamyris

Domitorès

Le Soir Confidentiel

Le Glaive des Dieux

L'Ennemi

Au Port

Maternitas

La Tempête

Notre Dame de Pauvreté

La Douleur de l'Ange

A Morphée

Le Mirage

La Plainte

Le Flambeau

Le Fleuve

Noël

La Couronne d'Épines

Les Signes

A la Lune

Perfection

Au Tombeau d'un Poëte

Le Sourire du Cadavre

Nature

L'Étrange Adieu

Le Voile du Temple

A un Mort

 

 

 


 

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LE FRISSON DU SPHINX

 

Au marquis St. Yves d'Alveydre

 

Au pays des Huros, Rhamsès et Sésostris,

mais au temps des Latins et quand la rouge Rome

dressait de bronze et d'or ses empereurs flétris

c'est l'heure où l'infini pénètre au coeur de l'homme

 

Pareille à l'orbe élu des grands nimbes sacrés

dont la tête des saints futurs doit être ceinte,

la lune en fleur sourit ses rêves éthérés

dans l'encens sidéral frôlant la terre sainte.

 

Au loin des sables bleus du biblique désert,

couché dans son secret et sa béatitude,

le monstre égtiptien, de son oeil entr'ouvert,

fixe l'éternité parmi la solitude.

 

Nul souffle dans la nuit. Mais, parfois, obstiné,

le hurlement lointain d'un vieux fauve qui rôde'

et renifles à longs traits, vers l'horizon tourné,

les tragiques relents du grand crime d'Hérode

 

Et le- Sphinx, pur orgueil du monde oriental,

cependant que : là-bas, dans la ville barbare, .

l'on cherche encor l'Enfant ' prophétique et fatal,

a 'vu le nouveau Dieu rayonner comme un phare.

 

Muet selon la loi des temples primitifs,

il avait attendu jusqu'à ce que lui vienne,

en l'éternel regard de ses yeux attentifs,

la vivante lueur de la splendeur chrétienne

 

Il savait, eût-on dit, que l'Être allait venir,

car l'énigme toujours reflète la lumière

les fuyards surhumains chargés de l'Avenir,

enfin sont endormis contre son sein de pierre.

 

Alors, sentant frémir son fabuleux poitrail

sous le sommeil divin dont palpite le monde,

il comprit mieux encor le cher Epouvantail,

que les dieux redoutaient d'une stupeur immonde.

 

Il contempla longtemps, sous l'azur de la nuit,

l'Ane altéré, le Père et la mystique Mère

qui, sous l éclat du glaive implacable ayant fui,

sauvaient le Roi des rois, du ciel et de la terre.

 

Depuis plusieurs mille ans qu'il n'a jamais parlé,

le colosse muet sent à sa froide bouche

l'angélique frisson d'un soudain verbe ailé

et l'esprit des voyants remplir son front farouche.

 

Souffle ardent du passé, charme de l'inconnu,

sa voix est un écho des oracles d'Egypte;

son cri d'amour humain est un aveu connu

par les vieux mages morts souriant dans leur crypte.

 

Et le désert où dort l'âme des Pharaons

écoute immensément le saint murmure immense

s'éperdre comme un vol vers les savants rayons,

qui nimbent la beauté de Jésus en silence

 

« O pur prédestiné des plus divins décrets,

au nom de la raison et des forces magiques,

je te contemple seul du haut de mes secrets,

moi, qui suis le savoir et la sagesse antiques.

 

Toi, dont le coeur est grand comme tout l'univers,

ô cher petit enfant de la douleur humaine,

dors en paix, les yeux clos par des ailes couverts ;

des jours luiront pour toi pleins de sang et de haine.

 

Et fluant dans ta chair faite d'humanité,

mais semblable au ciel fait de lumière éternelle,

du sein qui l'alimente au flanc qui t'a porté

coulent les sources d'or de l'âme universelle.

 

Je savais ta venue ainsi que l'ont prédit

les prophètes sacrés qui parlaient dans l'aurore ;

et l'écho de leurs voix au temple a resplendi,

tel un terrible éclair au fond d'un ciel sonore.

 

Je savais ta Naissance. En un vaste hosanna,

les anges me l'ont dit la nuit d'Epiphanie,

quand l'Astre éblouissant d'extase illumina

les Mages de Palmyre en signe' de ta Vie.

 

Sphinx vivant et prévu d'un mystère nouveau,;

tu viens pour éblouir les ténèbres païennes

aux rayons douloureux issus de ton cerveau

saignant flambeau d'amour, éclaireur de géhennes.

 

Énorme vision d'un rêve illimité,

le monde colossal qui dort en ma mémoire

n'est qu'un vain germe auprès de ta divinité

ton règne est un soleil jailli sur la nuit noire.

 

C'est comme une splendeur, comme un écroulement

Le Globe, entre tes doigts, s'éteint et se rallume;

les Césars monstrueux, pleins d'épouvantement,

voyent leurs aigles de feu s'évader en la brume.

 

Loin des buveurs de sang des grands charniers romains,

loin des palais bâtis dans la chair et le crime,

les peuples éperdus tendront vers toi leurs mains

où le fer a laissé les traces de l'abîme.

 

Et je te vois marcher d'un pas surnaturel,

plus pur que la clarté, plus puissant que l'idée,

ensemençant là-bas, de ton verbe éternel,

les chemins éblouis qui mènent en Judée.

 

Avec l'enchantement des mots miraculeux,

au bord des fleuves clairs et sous les noirs portiques,

ta voix éveillera dans les coéurs nébuleux

tout l'ineffable essaim des bontés extatiques.

 

Puis, un soir d'agonie, à l'heure du Destin,

après avoir semé ta pensée et ton âme

sur le vieux sol du mal qu'ensanglante l'instinct,

ton corps sera vendu dans un baiser infâme

 

Et tout cela doit être et tout cela sera.

Roi de l'épine rouge et roi de la folie,

au festin du martyr la mort te versera

le calice d'effroi vidé jusqu'à la lie.

 

En un grand brisement d'idoles et de fers,

tes lumineuses mains saigneront des semailles;

et les hommes de proie immoleront tes chairs,

car le Sang pur du Christ doit brûler leurs entrailles.

 

 

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IMPERATOR

 

Empereur de ton rêve et tyran de ta chair,

sois celui qui domine, ou sois celui qui dicte

les implacables lois de ta volonté stricte

sur ton beau front de bronze, avec un doigt ' de fer.

 

Élève d'un bras fort de statue impassible

le sceptre étincelant de ton esprit royal,

car pour dompter l'instinct et grandir l'idéal,

il faut que pour toi seul tu restes inflexible

 

Que l'orgueil de ton coeur, au pur aspect du Beau,

reçoive le clair don dé l'astre et du flambeau,

comme un marbre éternel palpite à la lumière.

 

Et mitré de pensée, ô mage aux verbes sûrs,

conquérant de la nuit, debout sur la matière,

dresse ton trône d'or au seuil des temps futurs.

 

 

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TÊTE D'OMBRE

 

Plus sombre que la nuit, plus triste que la mort,

masque pétrel d'horreur par des' mains ténébreuses,

la Bêtise au front lourd, sur ses lèvres heureuses,

laisse le mal poser son vieux serpent qui mord.

 

Car n'est-il pas écrit sur le livre invisible

où Sathan a tracé d'un long doigt tortueux

les signes incompris, brûlants et sulfureux,

que l'amour est l'amant de la Bête risible !

 

Au fond de l'œil impur fermentent les instincts,

cuves du sang promis aux immondes festins

dans l'énorme sabbat des larves érotiques.

 

- En accouplant le vice à la stupidité,

Sathan, sorcier fatal des rêves sabbatiques,

éternellement rit dans ce masque hébété!

 

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LA PRIÈRE D'UN MAGE

 

Mon âme est devant vous comme un aigle altéré,

ô vous, Dieu de Lumière où convergent les mondes !

Je viens, atome obscur, des géhennes profondes

où l'Erreur et l'Humain réunis ont erré.

 

Les faux dieux teints de sang et les vapeurs immondes

de l'argile instinctif par l'enfer généré

roulent, forces du mal, sous mon vol éthéré,

aux tragiques chaos des choses infécondes.

 

O, vous, Dieu des Splendeurs dont l'idéal sourit

à la beauté des corps et celle de l'esprit,

dans le pétrissement de nos germes informes,

 

hors du nombre et du temps, parmi l'illimité,

S vous êtes l'essence immortelle des formes,

et la Terre un soupir de votre éternité !

 

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SPLENDOR

 

A Edmond De Bruyn.

 

La Lumière et l'Esprit et la Vie éternelle,

pleins des reflets divins et des verbes sacrés,

palpitent dans l'aurore énigmatique et belle,

sous l'immense regard de mes yeux altérés.

 

O clair vol enchanté des âmes en les sphères!

u rayonnements d'or d'une splendeur sans fin!

mon coeur pousse vers vous, loin des ombres amères,

le grand cri de ma soif' et le cri de ma faim.

 

Je suis le mendiant idéal au front pâle,

qui regarde passer dans la fête lustrale

les anges de magie et d'immortalité,

 

et qui voit à travers l'espoir de sa prière

jaillir du sein fécond de l'unique Beauté

la Vie éternelle et l'Esprit et la Lumière!

 

 

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A HERAKLES

 

A José Hennebicq.

 

La terre en est plus pur3 et le ciel plus serein !

Par l'énorme labeur de ton bras souverain

les fléaux sont rentrés dans les antres de l'ombre,

et les dieux de l'Olympe ont une âme moins sombre.

O Fils de la Lumière, ô formidable Enfant,

le Destin qui te fit son esclave puissant,

alliant la douleur à la force divine,

depuis l'aube a conduit jusqu'au jour qui décline

tes pas qui font trembler les forêts et les monts

Ils ont pétri le roc ainsi que les limons

où l'ombre de ton corps, terrible et beau, s'allonge

sous le soleil qui brûle ou la lune qui songe

quand tu vas, ô géant, exterminer le Mal.

Le poids de tes travaux sur ton dos colossal,

parti du berceau d'or jusqu'aux confins du monde

pour traquer et dompter dans leur repaire immonde

les monstres de l'Instinct qui ravagent l'Esprit,

on a vu les clartés dont son sang est rempli,

lorsque tes bras musclés faisaient de la lumière

sur les cloaques noirs de la morne matière.

Héraklès, ô divin vengeur de la Beauté!

Dans les larges frissons de ton cœur indompté

roulent les feux vivants d'un idéal immense,

et tu défends encor la Foi, l'Intelligence,

quand l'on te voit- pousser, de ton torse vermeil,

les monstres éblouis en face du Soleil !

Depuis le groin fangeux du pourceau ' d'Erymanthe

jusqu'aux reptiles noirs de Hydre épouvantante

qui déroulait la mort dans ses hideux replis,

que ce soit à Stymphale, à Tyrinthe, à Elis, ,

toujours contre la Bête et le Vice et le Crime

tu projettas l'éclair de ta force sublime !

 

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LA PAROLE DU POÈTE

 

A Arnrar GIRAUD.

 

Allez, vous, cœurs tentés, et vous, âmes barbares,

ombres du prostibule où va régner le Mal,

allez, lâches et fous, prodigues ou avares,

ruer vos appétits loin de notre idéal !

 

L'écho de vos festins monte parmi nos rêves

pour en troubler encore la divine douleur.

Allez, là-bas, dans l'ombre et l'ivresse des glaives,

boire le sang de joie en des coupes d'horreur!

 

Destin universel de ces forces passives,

o monde, que l'enfer a sans doute aimanté,

jamais tu ne verras notre azur enchanté,

 

- Ici, tous les banquets ont des graves convives

et tous les fronts sont clairs comme le firmament

on y boit, dans des lys, des larmes, - noblement !

 

 

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MAGICA

 

A Iwan Gilkin.

 

Voici l'heure où luiront tes beaux yeux de voyante,

pythonisse au cœur mûr prosternée en la nuit!

Parmi l'âme du monde est allé ton esprit

pour chercher les trésors que ton désir incante.

 

Le feu spirituel qui résorbe ta chair

embrasera soudain les gouffres de la vie ;

aux sabbats enchantés le pouvoir te convie,

réalité du ciel ou rêve de l'enfer !

 

L'aromate sacré dans les clairs réchauds brûle.

L'univers est pour toi le pur enchantement

où ton être ébloui plane sur l'élément.

 

Et l'Ange que ton verbe évoque au crépuscule

viendra réverbérer du fond du temple noir,

l'éclat de son front d'or au magique miroir !

 

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SÉRÉNITÉ

 

A Gary de la Croze.

 

Sur ceux que ne frôla point l'aile de l'esprit

et qui n'ont pas reçu le don de la lumière,

o doux poëte, fais, sur tous ces fronts de pierre,

régner ton clair regard de rêve et de mépris..

 

Laisse l'impur troupeau de la bêtise humaine

passer et repasser sur les vieux chemins noirs ;

les aubes, à leur yeux, sont les éternels soirs ;

ils ne verront jamais lJ monstre qui les mène.

 

N'offre pas à l'aveugle un peu de ta clarté;

ne chante pas au sourd la parole divine;

il faut entendre et voir pour que l'on te des inc

aux portiques d'azur de la lucidité..

 

Laisse monter vers toi leurs insultes funèbres

sans que ton manteau blanc dérange ses beaux plis;

par l immuable loi des destins accomplis

tous ces passants de plomb marchent dans leurs ténèbres.

 

 

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LE TRIOMPHE DE PAROS

 

A Herman Boulenger.

 

Pour savoir mieux mêler dans leur pensée obscure

la laideur de ce monde à notre infirmité,

des hommes sont venus, d'une parole impure,

proclamer le néant de la sainte Beauté.

 

Au nom de la matière, au nom de la nature,

et ne comprenant pas leur secrète clarté,

ils souillent sa statue éblouissante et pure

faite par l'idéal et la sublimité.

 

Mais, un jour, aussi, quand les astres, en silence,

verront se convulser le spectre de ces temps,

alors l'aube verra les hommes de science,

 

sous les roses splendeurs de l'éternel printemps,

-. car tout se recommence et tout se perpétue, -

jeter leurs flambeaux morts aux pieds de la statue!

 

 

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SYNARCHIE

 

O Toi qui régneras sur les peuples contents,

donne leur à baiser tes mains impériales,

Que la logique d'or de tes lois idéales

soit gravée à jamais sur le bronze des temps

 

Le Mage et l'Empereur, sois les en même temps;

par la Science sainte et les forces loyales

calme les passions qui sont trop bestiales,

afin d'harmoniser le monde pour longtemps.

 

Drape ton sage cœur d'où la grâce s'épanche

dans le manteau de pourpre et la simarre blanche

avec le fil sacré des principes cousus

 

Et, sans glaive, penché vers le fécond mystère,

viens imposer, enfin, sur l'ombre de la terre

l'unique vérité de Moïse et Jésus

 

 

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B A B E L

Faibles lèvres de chair, bouche d'ombre et d'erreur

pleine des tourbillons voluptueux;= du verbe,

vos paroles de nuit et votre souffle acerbe

emplissent le néant de blasphème et d'horreur.

 

De siècle en siècle et de gloires en gloires

la Science, par vous, jette son cri d'enfant;

mais vous ne voyez pas sous l'azur, triomphant

le gouffre où vont tomber tous vos mots dérisoires.

 

Voix d'un monde érigeant le péché d'un savoir

plus sombre que l'orgueil et que le désespoir

comme un vain monument de songe et de folie,

 

ce que l'une a dicté l'autre déjà l'oublie;

ainsi nous bâtissons vers l'impassible ciel

avec l'ombre des mots notre tour de Babel !

 

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L'ÉTOILE NOIRE

Du plus profond enfer du mal et du néant

l'on voit le noir éclat de l'astre satanique

darder sinistrement, comme en une panique,

ses néfastes rayons au cœur du mécréant.

 

Sathan brûle ce feu sombre des maléfices

pour fasciner les yeux coupables et damnés

et pour faire jaillir sur tous ceux qui sont nés

le chaos infernal des ténèbres complices.

 

Mêlant son despotisme à son absurdité,

contre le Beau, l'Amour, le Ciel, la Vérité,

c'est le mensonge haineux et la lourde ignorance.

 

O ! vieil astre de mort, effroyable appareil,

vous êtes la nuit froide et la morne impuissance,

le car sang clair du Christ est l'âme du soleil!

 

 

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LA DERNIÈRE CARESSE

 

Par toi, je suis tombé jusqu'à la vie.

ELEN. VILLIERS

 

En ces jours ténébreux de l'extase charnelle

où nous mêlions le rêve à l'animalité,

ô ! sorcière aux yeux d'or et à la chair trop belle,

ton corps m'était plus doux que la divinité.

 

C'était le règne obscur où, lamentable idole,

ton baiser souverain, hallucinant et fort,

insufflait à mon coeur un froid de nécropole

et sur mon front charmé le souffle de la mort.

 

Tous ces spasmes maudits et toutes ces caresses

par lesquels tu brûlais mon naissant idéal

je les écarterai d'un beau geste royal.

 

Mais, si tu m'offrais, ô, reine des pécheresses,

les poisons sépulcraux exhalés de ta chair,

je te souffletterais a\ ec un gant de fer !

 

 

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LABOR

 

La sépulchrale nuit ne fige plus l'espace ;

l'horizon a vibré sous des frissons nouveaux

dans un frémissement de large clarté passe

l'universel labeur des mains et des cerveaux.

 

Forgeant son vaste rêve avec tous les marteaux

qui sonnent sur l'enclume ardente où l'on entasse

les désirs, les espoirs, tous monstrueux ou beaux,

le cœur du monde est plein d'un battement tenace.

 

Et c'est toute la vie au soleil du matin

dont l'or et la lumière aveuglent le destin

des passants exaltés de gloires ou de crimes !

 

Tout palpite et travaille en cet immense effort

que font les cœurs actifs et les esprits sublimes

- pour rentrer dans la nuit, dispersés par la mort!

 

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INTERIEUR

 

Qui vient frapper encor, comme en un mauvais rêve,

à la porte d'airain très close de mon cœur?

A jamais j'ai fermé ce palais de rancœur

et jamais, pour ouvrir, mon âme ne se lève.

 

Si c'est toi qui reviens, S! Femme au grand désir,

m'apporter les fruits mûrs de tes sombres caresses,

\a, passe dans la nuit; ta corbeille d'ivresses

n'est qu'un poison charmant dont l'humain peut mourir.

 

L'écho de ton appel ne trouble plus mes songes!

J'entends ta chair ouvrant ses tragiques instincts

parmi les frisselis impurs de tes satins,

qui murmurent entr'eux leurs langoureux mensonges.

 

Chimère au sang maudit qui me vient d'un enfer

pour jeter ma pensée au fond de ses vertiges,

j'ai deviné tes yeux et je sais leurs prestiges;

- tu briseras ton aîle à mon palais de fer

 

Ne frappe plus ici; fuis l'impossible entrée,

car ton souffle éteindrait la lampe de l'esprit

qui brûle au sanctuaire où l'amour est proscrit,

s'il passait au travers de ma porte sacrée

 

  

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SABAOTH

 

Spectre de bronze creux, ôh ! roi de rouge gloire,

qui songe à la lueur de tragiques fâlots,

emplirais-tu de ciel l'enfer de ta mémoire,

si Dieu, dans l'azur triste, éclatait en sanglots?

 

Orgueil p.trifié dans la sinistre Histoire

où ton geste implacable a tramé ses complots,

les larmes du monde accumulant leurs flots

pourraient-elles jamais laver ton âme noire?

 

En vain, l'ange a heurté ton lourd cerveau de fer

et n'a pu de son aile ou de son pur éclair

illuminer l'horreur où grondait ta pensée !

 

Mais les peuples domptés par ton glaise brutal,

un jour verront jaillir, comme en leur chair blessée,

le sang de tes charniers sur l'airain triomphal !

 

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LE DIEU NOIR

 

A PAPUS.

 

Prince des cauchemars et des visions folles,

qui mêles l'épouvante à son absurdité,

tu sêmes en la nuit l'Or de l'humanité,

d'un bout à l'autre bout de ses avides pôles.

 

Au fond des coeurs damnés, au fond des lits ardents,

ô Sondeur infernal du sang, et de la lie,

tu crées le fléau d'une immense folie

faite d'orgueils cruels et de spasmes stridents.

 

Fers l'éblouissement des divines idées

où l'esprit des voyants plane comme un condor,

on sait que ton regard jette son ombre encor,

 

et qu'il plonge en l'horreur des cervelles vidées.

Ton grand rire éclata sur les sanglots humains

avec des cris de haine et des souffles de flammes,

dès le jour ébloui de la splendeur des âmes,

quand les anges amis leur joignirent les mains.

 

N'es-tu donc- pas la bouche énorme du> blasphème

ouverte immensément comme- un gouffre empesté

sous les astres contrits de ce ciel insulté,

ô toi, la - voix d'erreur de la bêtise' même?

 

Sur l'univers où trône un très morne idéal,

n'es-tu pas ce qui ment, et tout ce qui renie

l'angélique beauté qu'enfante le génie

Et n'as-tu pas aussi ton infâmant journal?

 

La Terre est un jardin rempli de tes murmures,

pour ceux dont le coeur noir déjà l'ont entendu,

ô sinistre donneur de tout fruit défendu,

tu tends aux nouveaux-nés tes corbeilles impures!

 

Emportés par ton souffle aux sommets tentateurs

d'où l'on voit flamboyer tes villes de prestige,

les enfants du désir roulent dans le vertige

avec, en leurs yeux fous, tes royaumes menteurs.

 

Sous la main qui caresse, en le sein de la femme,

est-ce toi, tortueux dresseur de guet-apens,

qui caches ces beaux nids d'invisibles serpents

l'Hypocrisie abjecte et la Luxure infâme?

 

Sortilège d'un rêve ou force des instincts,

à travers les clartés qu'exhalent les prières,

toujours tes vieux sabbats obsèdent nos paupières,

pleines de légions d'impudiques lutins.

 

Vouivre ou graouillis et tarasque et gargouille,

tous les monstres cabrant sous le glaive irrité

les carcasses d'horreur de la difformité,

ce qui rampe et 1 omit et tout ce qui nous souille,

 

Baphomet, Belzébuth, Lucifer et Satan,

les fantômes formés de laideur et de crime,

sont tes mille reflets aux miroirs de l'Abîme

d'où surgit comme un dieu ton grand spectre flottant !

 

Tu viens troubler ainsi les foules sans pensée,

cerveau des révoltés, torche d'immonde feu,

qui noircit bêtement le plus serein ciel bleu,

afin d'aveugler mieux cette tourbe insensée.

 

Dans le grimoire impur et le pacte fatal,

c'est encore toi qui viens signer d'hiéroglyphes

et tremper dans le sang le poison de tes griffes,

pour rée ciller en nous la brute ou l'animal.

 

Que fait-on sous les murs de ces lourds édifices,

les Bourses, les Prisons, les Docks, les Lupanars,

si ce nest célébrer ta science et tes arts

l'Argent, l'Amour, le Vol, le Meurtre et leurs complices?

 

Embusqué dans ta nuit, et comptant tous les pas

au loin des clairs chemins où notre âme est menée,

tu brises d'un coup sûr espoir et destinée,

et nous pousses le long des routes du trépas.

 

Aux festins monstrueux auxquels tu les convies,

afin d'entre-ruer leurs vastes appétits,

tu saoûles dans ta main les grands et les petits ;

ta fête est un vivier de bouches assouvies.

 

Sous Vénus et Saturne, astres deux fois maudits,

les sorciers inconnus, dans leurs réchauds magiques,

brûlent en ton honneur les essences tragiques,

profane rituel des cultes interdits.

 

Oh! forme du malheur, oh! décevant fantôme,

à l'aspect éternel de ton front ténébreux,

l'Ombre a dû tressaillir comme un enfant peureux,

car tu pourris l'espace et tu corromps l'atome

 

C'est toi l'obscur marchand de ~iccs et de chair;

partout l'on voit s'ouwir tes sinistres boutiques,

et tu vends aux mortels, à des prix fantastiques,

les Pêchés capitaux consacrés par l'Enfer!

 

-Oh! funeste élément de la nature entière,

pour former l'Equilibre en l'Infini normal,

le bien doit être Dieu, si tu n'es que le Mal,

harmonique conflit dans l'Ombre et la Lumière

 

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LE TRÉSOR DU ROI

 

A Michaël Axélos.

 

Les vieux lacs d'Orient, riches des pierreries

dont les princes d'alors ont orné leurs reflets,

rêvent des autrefois où d'ardentes féeries

miraient dans les soirs d'or la splendeur des palais.

 

Souvent, lorsque l'horreur au plaisir se mêlait,

aux scintillants festins des vieilles barbaries,

ils pouvaient boire aussi, sur leurs rives fleuries,

le sang sinistre et chaud de ceux qu'on violait!

 

Et les éphèbes nus et le femmes sans voiles,

choisis cruellement pour leurs sombres beautés,

sous l'onde entrelaçaient leurs corps ensanglantés.

 

Et le Roi, venait seul, par les soirs pleins d'étoiles,

contempler tout au fond des grands lacs de saphir

ses cadavres de nacre où brillait son Désir.

 

 

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LE SOIR SURNATUREL

 

L'Astre élu resplendit. L'heure est kabbalistique.

Le monde est un beau rêve éployé dans le soir ;

et le mage apparaît, aimantant son vouloir

aux effluves sacrés de la force mystique.

 

Bouche dans l'infini de l'ombre et du savoir,

l'Esprit a révélé la vie énigmatique.

Le coeur du mage est plein de la lumière unique

où Dieu vient se mirer comme en un ostensoir.

 

O puissance infinie, ô source d'or des âmes,

l'enchanteresse nuit a rallumé ses flammes

aux souffles flamboyants qui passent dans l'azur!

 

Et si l'oeil du voyant perce l'Impénétrable,

c'est qu'il mêle en son front précieux et très pur

l'éternelle pensée à l'essence adorable.

 

 

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PSYCHIA

 

Si, papillon d'azur dans l'or crépusculaire

parmi l'atome en feu qu'enchantent les lueurs,

ton âme a voltigé vers d'invisibles fleurs,

c'est qu'un aimant divin la pénètre et l'éclaire.

 

Dans le soir de tes yeux dont l'intime soleil,

mouvant flambeau voilé d'une splendeur secrète,

réfracte le vol d'or de ses aîles de fête,

laisse donc se pâmer le papillon ~ ermeil !

 

Par de-là les bourbiers de la terre barbare

et les grands rocs d'airain sombre et ensanglanté,

au dessus l'illusoire ou la réalité,

 

tu renais lentement, métamorphose rare,

dans ce rêve qui sole à travers l'infini,

où tout se recommence en tout ce qui finit.

 

 

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LE FLÉAU

 

A Paul Libert.

 

Sur les murs ténébreux de l'énorme cité,

bras tendus dans la nuit vers la prochaine aurore,

le prophète a prévu ce que la terre ignore,

sous l'épouvantement de l'astre consulté.

 

Le Destin s'accomplit. La terre en vain l'implore.

L'Empire aux palais d'or doit être dévasté.

Déjà, dans l'ombre noire et l'immobilité,

passe l'éclair fatal d'un sanglant météore.

 

L'antique métropole aux cent portes d'airain

mêle à l'impur éclat de sa dernière orgie

le crime ignoble et fou de son vieux suzerain.

 

Mais lui, le veilleur, voit. la prunelle élargie,

dans la secrète horreur de son regard puissant,

un amas monstrueux de poussière et de sang !

 

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LE DRAGON DU SEUIL

 

A Paul Sédir.

 

Aux bords de l'infini dressant son épouvante,

face à face au mortel, au mage et au devin,

implacable et muet, fatalité lateate,

le beau monstre sacré garde le seuil divin.

 

Il veille. Le Temple est au de-là de ce monde.

Nul ne peut approcher son portique de feu

si son coeur n'est pas plein d'une force féconde

et rempli des splendeurs qui ruissellent de Dieu.

 

Il sait Les ombres ont plongé dans son énorme tête

l'invisible flambeau qui rend surnaturel

Et dans l'immense nuit l'oeil du gardien réflète

le vertige ébloui d'un savoir éternel.

 

« Vous qui venez à moi de loin, semble-t-il dire,

« pour pénétrer au Temple êtes-vous pur et fort?

« sous la griffe implacable où je tiens mon empire,

« si non, v ous trouverez la folie ou la mort.

 

Et autour de son corps de sphinx et de chimère

éternellement flotte un tragique parfum

dans les marais de sang dont s'abreuve; la terre

gisent tous les martyrs en leur orgueil défunt,

 

Ceux qui n'ont pas dompté la bête énigmatique

dont l'oeil fige à jamais les pâles yeux humains,

ne posséderont pas l'âme pure et mystique

et toujours chercheront d'impossibles chemins

 

Implacable et muet, fatalité latente,

face à face au mortel, au mage et au devin,

le beau monstre sacré garde le seuil divin,

aux bords de l'infini dressant son épouvante !

 

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LE CONSEIL D'UN SAGE

 

A Georges Baltus.

 

Ne franchis pas le seuil de la pensée austère,

ô jeune et beau mortel qui souris de la mort,

Le vieux temple est ou ert sir 1; n)'ir gouffre o t dort

le sphinx dévorateur de l'antique m) stère.

 

Passe. Là-bas il est une plus douce terre

où la sueur de sang, n'attriste point l'effort

va du côté de l'aube et du bienheureux port

sous le souffle odorant qui flotte \ ers Cythère.

 

Laisse tes yeux en fleur s'éblouir du ciel bleu,

et bois la ' ie ardente à la source de feu

sans plonger ton front clair dans les antres du rêve..

 

O fils du cher printemps, grandis en sa beauté.

Ici, que viens-tu faire? Être le pâle élève

du désenchantement ou de la vérité ?

 

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L'ICONE

 

Quelle est la force auguste ou la grâce divine

qui fixe en ton beau corps un symbole si pur?

Dans la vie adorable et loin du rêve obscur

tu gardes le secret que nul mortel devine.

 

Toi, qui par ta jeunesse aurorale illumine

comme un soleil levant sur une mer d'azur,

peux-tu songer encor à ce vieux monde impur

où le mal, la laideur et la mort et la ruine,

 

transformant l'Idéal en un sinistre enfer

plein de grands lacs de sang et de prisons de fer,

sont les dieux ténébreux que la bêtise adore?

 

N'es-tu pas la beauté, le bonheur et le bien,

et pour avoir le corps calme comme le tien

ne faut-il pas l'esprit aussi clair que l'aurore?

 

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SAINTE FACE

 

A Albert Goix.

 

Voilà, voilà Jésus ineffablement triste

comme l'humanité qui palpite en son sein 1

Et les mille crachats de ce peuple assassin

pleurent sur son front blême où la grâce persiste.

 

L'homme se mêle au Dieu dont la force consiste

d'aimer par dessus tout la douleur qui le ceint,

car nulle main d'amour n'a consolé le Saint,

plus rien du ciel natal ici-bas ne l'assiste

 

C'est la Toute-Tendresse et la Toute-Douceur.

Et Son Sang est la vie et sa Chair la lumière

pour ceux dont l'esprit pur monte dans la prière.

 

- Mais qu'importe ce spectre à sanglante sueur

ù ceux qui n'auront plus dans leur douleur humaine

que le doute, l'orgueil, la vengeance et la haine !

 

 

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POUR UN MYSTIQUE

 

Soyez béni, mon Dieu, de l'avoir fait poëte

selon le pur destin dont s'enchantait son cœur, .

en ces temps ténébreux de haine et de rancœur

qui poussent vers la mort un impur cri de bête !

 

S'il passait à côté du néant d'aujourd'hui,

seul et auréolé d'une douce lumière,

c'est que, Maître divin qu'on sert par la prière,

vous avez mis le ciel entre le mal et lui !

 

Son front était de ceux où le calme génie

laissa célestement planer ses ailes d'or;

et son âme était droite, en face de son sort,

par l'ineffable orgueil de vivre hors de la v ie

 

Car il a su ce que savent seuls les plus purs

faire jaillir du fond des éternelles causes,

à travers la tristesse et la laideur des choses,

la totale Beauté sur nos germes obscurs !

 

S'il frissonnait encor comme un enfant sublime

aux murmures sacrés de l'aurore et du soir,

c'est qu'il sous entendait et qu'il croyait sans voir,

ô Dieu, dans les lueurs de son regard intime.

 

Car sur l'orbe roulant de ce monde attristé

vous laissez le rayon des extases futures

grandir et féconder les âmes les plus pures,

dans les poussières d'or de l'immortalité.

 

 

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L'INCONNUE

 

A Alejandro Dorado.

 

Révèle moi ton cœur et ton âme de sphinx,

ô, toi, dont les beaux yeux absorbent ma pensée,

et dis à ma douleur, par ton calme lassée,

si ton regard est bien d'une vierge ou d'un lynx.

 

Parfois, j'y vois briller en des aubes mystiques

mes rêves, mes désirs, mes orgueils, mes espoirs

et planer sur les lacs de leurs divins miroirs

pareils à des oiseaux heureux et magnifiques.

 

Mais aussi, parfois, - oh! mirage décevant, -

je vois dans le soleil de tes prunelles rondes

grandir tout un enfer qui brûlerait des mondes !

 

- Hélas! peut-on jamais en ton regard mouvant,

O Femme, par le bien et par le mal hantée,

reconnaître l'archange ou la prostituée?

 

 

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LES MURMURES DE L'OMBRE

 

A Valère Gille

 

Viens en mon infini : je suis l'âme des soirs.

Et je berce à jamais tous les rêves du monde;

et je sais aimanter le ciel, la terre et l'onde

au souffle illimité de mes grands voiles noirs.

 

Plus profonds que la mer ou que l'intelligence

dans mes brouillards sacrés dorment tous les secrets,

j'unis obscurément par des moyens parfaits

l'indestructible germe à la durable essence.

 

Plus limpide que l'eau des beaux lacs étoilés

où brille le miroir des choses sans limites,

l'hallucinante nuit, dans ses vastes orbites,

prolonge un océan de mirages troublés.

 

Les vivants, sur mon sein, parlent comme en leurs songes

et sur leur bouche ouverte où j'ai mis du néant,

je laisse errer toujours, ô sombre enchantement,

le ténébreux baiser de mes plus doux mensonges.

 

Je suis l'illusion suprême de la mort„

C'est moi que tout mortel tristement interroge

Dans les âmes aussi je m'installe et je loge

et dans tous les cerveaux j'habite avec confort

 

Celui qui me comprend, qui m'aime ou me pénètre

ne sera pas déçu de ce que je contiens;

il me reconnaîtra n'importe où je me tiens

dans les moindres recoins de la bête et de l'être.

 

Tous les regards de ceux qui regardent en moi,

clignotent aux splendeurs de mes trésors uniques

et dans l'œil dilaté de ces plongeurs mystiques

je laisse le reflet d'un indicible effroi

 

Tels des spectres blanchis de lune et de folie

je roule en mes flots noirs les formes du pêché,

L'espace des grands trous où Sathan a marché

j'aime de le remplir de ma sinistre Nie

 

Le lourd soleil s'engouffre en ma profonde nuit

comme un maitre déchu, comme un roi qu'on détrône;

avec les rayons morts de sa triste couronne

je fais le voile Immense et obscur de l'ennui,

 

Ceux qui n'ont plus le vain orgueil de la lumière,

fous les hallucinés, tous les désorbités,

comme un aveuglement de monstres indomptés

roulent, blêmes et fous, dans mon vaste mystère.

 

Le magicien noir vient dresser son autel

dans la complicité brumeuse où je l'abrite

afin de lancer mieux, de son âme maudite,

l'épouvantable cri d'un blasphème éternel.

 

Je suis aimée aussi de tout ce qui se cache,

de tout ce qui conspire et des mauvais serments.

Le crime et le tombeau sont mes plus chers amants;

je mets mon grand pouvoir dans le cœur mou du lâche.

 

De mes brumes sans fin je protège l'erreur;

j'enveloppe à moi seule, immuable et glacée,

le vieux monde flottant de l'humaine pensée

où l'inconscient veut instruire le rêveur.

 

Ecoute, ô pâle ami, l'écho de mes murmures

qui monte et redescend la noire immensité.

Dans les battements sourds de mon coeur exalté

entend l'obscur galop des sombres aventures.

 

Tu sentiras passer, cher enfant ténébreux,

le long chuchottement des confidences mornes ;

viens tendre ton oreille à mes gouffres sans bornes

dans la suave horreur des soirs pernicieux.

 

Je suis pleine de mains . et de lèvres qui frôlent

des choses dont l'aspect fait sourire l'enfer;

sous le geste amical que leur fait Lucifer.

les âmes en la nuit tremblent et se désolent.

 

Dieu me répand partout pour permettre le Mal.

Je possède, d'ailleurs, une rare science ;

je dois équilibrer la terrible balance,

quand le Bien remplit trop le plateau triomphal !

 

 

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LE DERNIER GESTE

 

A Victor Hattier.

 

N'ayant pas su brandir assez longtemps le glaive

les faibles sont tombés du haut de leur Espoir.

Front fendu, coeur cassé, saignant sous le ciel noir,

ils crispent dans leurs mains les lambeaux d'un grand rêve.

 

Ayant brûlé leur âme aux brûlants soleils d'Eve

leurs immenses désirs se tordent dans le soir..

C'est en vain, toujours, qu'ils pensent apercevoir

l'inaccessible azur où leur regard s'élève.

 

Avec des cris de proie et des râles d'envie

ces moribonds alors écoutent les rumeurs

venant des paradis barbares de la vie.

 

Et, parfois, dans la nuit, sous les tristes lueurs,

on les voit encore' vers d'illusoires royaumes

tendre inutilement leurs longs bras de fantômes.

 

 

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AURORA

 

A Valère Gille.

 

Mon cœur s'éveille dans 1 aurore

comme un soleil d'espoir nouveau

et qui fera, jeune flambeau,

germer mon sang heureux d'éclore.

 

Aux horizons clairs et bénis,

déjà, dans l'or pur qui s'allume,

l'on voit partir l'ombre et la brume ;

les bois sacrés sont pleins de nids.

 

Je sens en l'âme universelle

grandir la Nie et la bonté,

et sous mon sein d'albe clarté

couler la source maternelle.

 

Tout est candeur, tout est divin

parmi les forces de la terre ;

le beau vol bleu de la chimère

n'ascendra pas le rêve en vain.

 

Les choses sont comme un sourire

empli de gloire et très pieux ;

ainsi naissaient les jeunes dieux

dans le bonheur d'un panégyre.

 

L'esprit humain baise les fleurs ;

lassé de songe et de fantômes,

il vient errer sur les arômes

et se baigner dans les lueurs,

 

Scintillements de l'espérance,

rosée ardente des projets,

en moi rayonne par grands jets

l'apothéose de l'Enfance !

 

 

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HOMO LIBER

A Charles Morenhout.

 

Le pur sein maternel où tu buvais la vie,

cher enfant ébloui de l'auroral soleil,

est tari! - Le Désir, en un obscur éveil,

va darder dans ton sang les poisons de l'Envie,.

 

La révolte a soufflé, gorgone inassouvie,

le murmure obsesseur d'un tragique conseil

« Homme libre, tu peux, sous le grand ciel vermeil,

égorger tous les dieux de la terre asservie! »

 

Depuis, entre l'aurore et l'éternel déclin,

on te voit étreignant ta sanglante chimère,

et transpercer d'orgueil le cœur d'or de ta mère.

 

- Enfant désorbité dans un rouge destin,

tu resteras toujours l’esclave de tes haines,

si l'Instinct et l'Erreur t'enlacent de leurs chaînes

 

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LE VEAU D'OR

 

Dieu de grand prestige et d'hallucinant métal,

l'impur Veau d'Or se dresse au faible cœur du monde.

Les peuples à genoux, autour du piédestal,

baisent l'énorme idole er, un baiser immonde

 

Baphomet ! Baphomet!  le sang brûle et l'or gronde

dans ton sein aimanté par les courants du mal!

Voici que les élus, dans une ardente ronde,

tournent, ensorcelés, sous l'antique Animal

 

Avares et voleurs, ladre et prostituée,

artiste, ,,riche, fou, pauvre, croyant, athée,

tous les blêmes passants que la terre vomit,

 

les amants, les époux, le prêtre et le poète,

et tout ce que l'humain a d'horrible et de bête

sous les flancs d'or du dieu sinistrement gémit!

 

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LE LIVRE SACRÉ

 

De mes ferventes mains tournant tes pages d'or,

comme si mes doigts purs palpaient de la lumière,

ô Livre immense et clair, ta puissante prière

révèle dans ma nuit le mystique trésor !

 

Mon esprit dans le soir, ouvre ses regards d'ange,

pour plonger leur éclat au fond de ton sa%-oir;

à ceux qui te liront le secret fera voir

comment l'amour divin fait rayonner la fange..

 

- Eternel, et voilant l'effroi de l'univers,

un mystère ineffable a mêlé l'homme aux \ers

et l'idéal humain aux plus di' ines flammes.

 

Et, du fond de la chair à l'azur consulté,

tu soulèves le voile enveloppeur des âmes

au souffle sibyllin de ton verbe enchanté.

 

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D'EN HAUT

 

A Ninaud.

 

D'ici, je vois mourir la vie et la lumière.

Le labeur s'est lassé dans la douleur du soir,

et la ville a dressé son lourd fantôme noir,

et semble un rêve d'ombre en un sommeil de pierre.

 

O pauvre monde humain de sueurs et de sang,

de ta force plus rien ne palpite en les âmes ;

déjà le souvenir de tes luttes infâmes

ne hante plus ce ciel d'où le soleil descend.

 

Tes orgueils, tes amours, tes haines, tes sciences,

qu'un grand froid ténébreux et sépulcral endort

sous cette nuit qui vient sur toutes ces souffrances

 

étendre immensément les bienfaits de la mort,

qu'ils taisent à jamais sous la magie astrale

le grand cri de la vie horrible et bestiale.

 

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LA VILLE PASSIONNELLE

 

Comme l'énorme coeur d'une vaste poitrine

dilaté par l'Envie et la Haine et l'Orgueil

et tout ce qu'a d'immense ou la joie ou le deuil, .

je sens la Ville au loin haleter vers sa ruine.

 

Pleine de la rumeur que font les éléments,

soupirs, râles et cris, long souffle délétère

où vibrent les impurs miasmes de la terre,

la Mort mêle sa voix à ces halètements.

 

Tous les buts pris d'assaut et tous les espoirs libres,

les pas vertigineux de ces courses vers l'Or

activeront toujours, plus ardemment encor,

le feu calcinateur qui doit tordre les fibres.

 

Ses veines et ses nerfs, magnétique réseau

qui projette à trac ers toute sa chair pâlie

des frissons ténébreux de crime et de folie,

ne fluent plus la vie au fond de son cerveau.

 

Mécanisme tragique où le démon ricane,

à chaque battement, du matin jusqu'au soir,

son vieux sang se transforme en un venin très noir;

un respir monstrueux enfle l'étrange organe?

 

Je sens bondir les flots de l'océan vital

dans le gouffre affolé des rouges ventricules,

et je vois la tempête où crèvent les globules

exhaler dans l'espace un relent sépulcral

 

On dirait que la ville est un vaste martyre ;

la même force broye et le faible et le fort ;

sous la sueur de sang d'un effroyable effort

tout exulte et frémit, tout se fuit et s'attire.

 

Labeur de tout le mal que l'on fait ici-bas,

au soufflet infernal des forges démoniaques

souffle un peuple de vice et de désir maniaques

attisant le brasier des instincts les plus bas.

 

Et tel est le travail des passions infâmes

qu'au dedans de l'énorme et fatidique cœur

gronde éternellement la sinistre rancœur,

rouge du feu maudit qui dessèche les âmes

 

 

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THAMYRIS

 

Au noir seuil du mystère où nul n'a profané

le silence éternel de l'idole inconnue,

je sens le clair amour de la vérité nue

éblouir de douleur mon coeur prédestiné

 

Le temple est resté clos et l'ombre est revenue

avec le grand soupir qui m'était destiné.

Oh! souffrance de dieu de n'avoir deviné

l'insolite au-delà dont l'humain s'exténue.

 

Mais les voiles de chair s'épaississant en moi,

n'est-il pas dans la nuit un flambeau qu'on allume

afin d'éclairer tous les mondes à la fois?

 

-- Non. Ainsi l'ont voulu la chimère et la brume....

Le désespoir attend tous ceux qui frapperont

à ces portes d'airain où j'ai meurtri mon front.

 

 

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DOMITORÈS

 

O vous, les couronnés de folie et d'épines

et dont le front sanglant est un ronde futur,

le temps n'altère pas sur vos lèvre divines

la parole immortelle où palpite l'azur !

 

Marchant comme des rois et comme des messies,

on vous a vu là-bas, sur les chemins sacrés,

lancer le pur éclat qui dans vos prophéties

illuminait l'horreur des coeurs enténébrés

 

La Foule, pas à pas, aboyeuse et cynique,

sous l'aurore éblouie ou sous le soir mystique,

vous a suivi, sans voir qu'avec vos gestes lents,

 

ô dompteurs éternels, vierges de représailles,

vous fascinez encor ses pauvres chiens hurlants

et les mornes instincts qui mordent ses entrailles !

 

 

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LE SOIR CONFIDENTIEL

 

A Ludovic Mortelmans.

 

Venez comme (an soupir d'une amante dans l'ombre

Troubler le grand ciel d'or et le parc déjà sombre

Et mon âme d'enfant éparse en les lueurs,

O murmures du soir tout énivrés de fleurs

Qui sortez du !néant ou de ces pâles roses

Pour emplir d'infini les êtres et les choses

Et pour venir mêler le songe à mon esprit

Quand mon front a reçu le baiser de la nuit.

O chers souffles parlants qui passez sur le monde

A travers le mystère et la douceur profonde

Des cœurs désanchantés cherchant dans l'inconnu

Les secrets d'un bonheur qu'ils n'ont jamais connu,

Venez dire aux élus de la mélancolie,

Dans la sénérité plaintive de la vie

Où l'amour a laissé l'écho de sa douleur,

Si l'idéal n'est pas le tourment le meilleur,

Et s'il n'est point plus doux à ceux de la souffrance,

D'écouter simplement ce que dit le silence.

 

 

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LE GLAIVE DES DIEUX

 

A Jean Hautstont.

 

Surgi ruisselant d'or en les forges du rêve,

forgé par les bras purs des héros et des dieux

et fait pour resplendir aux combats radieux,

au fond du sang natal se rouille un très beau Glaive.

 

Ceux qui l'ont ~-u jaillir aux poings victorieux

et comme un astre neuf, sur les ombres du vice,

étinceler, tout droit, au nom de la Justice,

savent de quels rayons il enchantait les yeux !

 

Arme à l'éclat divin qui dut, à ses conquêtes,

d'illuminer le coeur épique des poètes

dans les soirs belliqueux des vieux mondes humains,

 

on la voit frissonner sous un grand souffle acerbe,

car les temps sont venus de la lutte du Verbe;

- mais le Glaive est trop lourd pour nos petites mains.

 

 

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L'ENNEMI

 

Qui hait, se haïra ; qui frappera, se frappe

ou celui qui maudit un jour sera maudit

et tombe de lui même en l'invisible trappe !

 

Tel est, ô cœur vengeur, ce que je te prédit

Si quelque frère humain te jette sa bravade

accueille ce Judas comme un enfant malade ;

 

au fond de ta blessure est son grand châtiment

Le calme et la bonté rendent invulnérable

et le héros divin souffre ineffablement.

 

Dans le fiel et le sang sont les combats du Diable;

toi, reste doux et laisse à ses poings éperdus

les boucliers brisés et les glaives tordus !

 

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AU PORT

 

A. HENRI VANDEPUTTE.

 

Depuis longtemps l'aurore a vu la flotte épique

partir comme un adieu jeté sur le passé

vers les mondes nouveaux le fleuve a dispersé

le souffle aventureux de sa houle héroïque.

 

Depuis longtemps la nuit a vu d'un oeil lassé

_ revenir dans le port en nouant leurs amarres,

sous les miroitements sinistres des vieux phares,

les navires muets comme un orgueil blessé.

 

Mais, toujours exaltés de mirage et de lutte,

les marins orgueilleux dans leurs rêves de brute,

lançant vers l'inconnu les lourds vaisseaux de fer,

 

gardent l'illusion éblouie et profonde

de naviguer, un soir, très loin de notre monde,

au fond des grands soleils féeriques de la mer!

 

 

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MATERNITAS

 

Voici qu'elle a senti, la vierge au flanc sacré,

vivre le fruit d'amour de sa chair maternelle

douceur de la douleur, en la vie éternelle,

son rêve a pris la forme, enfin, de l'Espéré!

 

Sous quel signe inconnu, quelle force infinie

va jaillir de son sein le sang pur et nouveau?

Dans les splendeurs du corps ou l'orgueil du cerveau

l'ange marchera-t-il vers la route bénie?

 

- « Astres qui fascinez l'âme des jeunes dieux,

« beaux lacs dont les miroirs mirent leurs pâles fées,

« dans les grands vols d'azur de vos candeurs ailées,

 

« emportez à jamais l'enfant trop radieux,

« afin qu'il ignore, -- ô clair instinct de mère! -

« cet enfer idéal où bondit la Chimère, »

 

 

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LA TEMPÊTE

 

L'ombre est un long soupir. L'espace au loin frémit.

Sous dés souffles mortels l'horizon se lamente.

Vaste comme la nuit, ténébreuse tourmente,

la Mer en désespoir humainement gémit.

 

Oh! voix de la douleur, oh ! vieux sang de la lie,

tout l'antique océan jaillit de nos sanglots

roule dans sa clameur, au fond d'énormes flots,

nos entrailles d'amour et nos cris de folie.

 

Songes, désirs, labeurs : plainte d'éternité

qui passe occultement comme un errant vol d'âmes,

oh ! mer, sous la rumeur béante de tes lames

j'entends gronder l'écho de la fatalité,

 

Les conques de la mort où, la nuit, tu bucçines

ton long rugissement de vieux monstre haletant

semblent crier au ciel et à l'enfer latent

l'alarme sous-marin de tes sombres gésines,

 

- Eclabousse les rocs et souffres en courroux

tout le mal insensé que ton néant provoque,

jamais tu ne seras la souffrance équivoque

du Doute, plus affreux que tes géants remous !

 

Tords et retords encor ta détresse écumante,

va, car tes contorsions et ta morne clameur

n'égaleront jamais la sublime douleur

qui déchire les flancs de celles qu'on enfante !

 

Roule ton baiser froid, o ! stupide élément,

contre les bords muets de la terre trop vieille,

ta sombre volupté ne peut être pareille

au désir qui bondit dans la chair d'un'amant!

 

Et tes vagues d'horreur ne sauraient être amères

comme un orgueil qui tombe et un amour trahi ;

tu ne sais pas l'effroi de se sentir haï

de ceux en qui l'on met ses bontés les plus chères !

 

Tu troubles moins encor qu'un regard de haineux;

et devant les miroirs de tes mouvants abîmes

nul ocil n'éprouvera l'épouvante des crimes

que l'on peut voir sortir du fond de certains yeux !

 

Tu te plais au malheur, âme de.; grands désastres ;

et tu voudrais à toi faire tomber le ciel

comme un blasphémateur qui fait jaillir son fiel

pour en éclabousser la face d'or des astres !

 

Oh! chaos infernal où Sathan, de sa main,

entrechoque l'effroi des forces fatidiques,

malgré ses profondeurs aux hurlements tragiques

ton gouffre est moins profond qu’un petit cœur humain!

 

 

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NOTRE DAME DE PAUVRETÉ

 

A M' de Rotschild et à Mn Kropotkine.

 

Entre toutes, soyez bénie,

Notre Dame au voile noir ;

Notre fantôme offre l'Espoir

à la douleur et au génie.

 

Celui qui porte en son cerveau

le clair destin de sa pensée,

dans votre main pâle et sacrée

mange pain sec et boit de l'eau.

 

Loin des tas d'or, loin de la haine

où les grands sots vautrent leur coeur,

vous préservez de la rancaeur,

l'élu de la misère humaine.

 

Sur votre sein blême et loyal,

ô Mère deux fois maternelle,

l'on peut rêver l'œuvre immortelle

où tremble et frémit l'Idéal.

 

Parmi les minuits insolites,

parmi les aubes sans soleil,

j'écouterai votre conseil,

que connaissaient les purs stylites.

 

Vers les trésors de l'inconnu

et l'or divin de la lumière,

plein de savoir ou de prière,

mais en haillons, et même nu,

 

bercez, bercez, bercez mon âme

dans vos grands bras de pureté,

et que toujours la Pauvreté

sois ma Richesse, ô Notre-Dame

 

 

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LA DOULEUR DE L'ANGE

 

Au Comte de Puliga.

(d'après un tableau ancien).

 

Au triste battement de son vol lent et las

l'ange mystérieux descend de la Coupole

il tient sous les rayons de sa large auréole

un graal d'or qui déborde et brille entre ses bras.

 

« Pourquoi, murmure-t-il, ne vous aimez vous pas,

« pauvres ânes de chair que ma présence affole?

« Ouvrez s os sombres cœurs dont le ciel se désole;

« je viens verser ce sang sur l'horreur d'ici-bas,

 

« Venez, ne fuyez point cette pluie divine ;

« elle est rouge d'amour et de fraternité

« c'est l'offrande d'un dieu par vous tous insulté.

 

- Mais la tourbe sans nom que nul bien n'illumine

et qui ne comprend plus le langage divin

s'enfuit épouvantée, - encore ivre de vin!

 

 

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A MORPHÉE

 

N'écoutons ni les sens : ils sont de la

terre; ni la chair; c'est de la nuit

Villiers de l'Isle-Adam.

 

Déité du sommeil, spectre lourd de la Nuit,

ô mère du néant au sein pâle et farouche,

ferme les yeux d'amour et la torride bouche

de ces amants impurs que la raison a fui.

 

Si l'Eden de leur coeur est un abîme ou chantent

les démons de l'instinct et les stryges du sang,

endort, comme un grand mal, sous ton souffle glaçant,

l'impudique jardin dont les fruits désenchantent.

 

Eteins les lampes d'or de ce soir plein d'azur;

dans les bras convulsés de ces charmants fantômes

mets le sépulcre ouvert d'où sortent les arômes

qui dois ent les calmer dans un sommeil obscur.

 

Au morne enchantement de tes royaumes sombres,

enveloppés tous deux de silence et d'horreur,

emportes â jamais, Reine de la Terreur,

leurs stériles amours où se plaisent les ombres,

 

Les cœurs qui n'ont vibré qu'aux lueurs de la chair

et qui se sont jetés dans- ses flammes, funèbres

deviennent les élus de tes froides ténèbres

et vont dormir aux bords , des gouffres de l'enfer.

 

Je plains les chers damnés qui s'aiment dans l'abîme

corps . corps ténébreux et plein de voluptés,

entre les baisers noirs de leurs félicités

passe le vent glacé de leur néant sublime !

 

 

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LE MIRAGE

 

Alors, en ces temps l,~, l'aube était liliale.

L'innoncence flottait comme un parfum errant..

La terre, vierge encor du monstre et du tyran,

s'éveillait du sommeil de l'ombre initiale.

 

Tout était l'Ineffable et la Sérénité.

Sous le souffle éternel de la force rythmique

les forêts et les mers, en un calme cantique,

exhalaient leur amour à la Divinité.

 

C'était l'heure infinie où l'essence du monde,

faite du pur hymen de l'esprit et du feu,

vibrait suavement au fond du coeur de Dieu.

 

Et parmi la lumière et les choses et l'onde

l'aurore auréolait tous les destins latents

à travers l'inconnu de l'espace et du temps

 

 

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LA PLAINTE

 

J'entends toujours ta voix saignante de blessée

gémir des mots amers à mon triste remord.

C, mal ardent qui te rongeait jusqu'à la mort

est entré dans ma chair et jusqu'en ma pensée.

 

Viendra-t-elle, la Nuit, de ses paisibles mains,

calmer le rouge cri de la vierge mourante?

Hélas ! car le silence, à notre âme en tourmente,

crispe les bouches d'ombre où pleurent les humains.

 

Bénis le sang chrétien de ta longue souffrance!

Sache qu'il est écrit qu'ils perdent leur bonheur

ceux qui n'ont point gravi les calvaires du coeur

et ne portent au sein un sanglant coup de lance.

 

Le martyr et le saint savent la volupté

de souffrir doucement l'insulte ou la torture,

et leur cœur, déjà plein de l'extase future,

vient sourire à la haine et à la cruauté.

 

O chère, tais toi ; tes paroles enfiellées

retombent tristement dans les ombres du soir ;

viens, viens, endormons-nous dans un nouvel espoir,

les ' lèvres, du pardon aux lèvres de nos plaies ! -

 

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LE FLAMBEAU

 

Toi qui cherches toujours dans l'ombre de toi-même

comme un aveugle au fond d'une éternelle nuit,

o ! beau spectre de chair que nul rayon conduit

vers l'essence divine ou la cause suprême,

 

toi qui tâtonnes 11, sur ton front lourd et blême,

les sillons ténébreux d'un formidable ennui,

si pour tes yeux fermés l'azur n'a jamais lui,

ferme ta bouche morne et pleine du blasphème.

 

Mais confronte la mort avec ton corps mortel

au magique labeur du rêve et du réel

où les mondes latents vibrent dans la lumière.

 

Car, semblable au soleil qui forme la matière,

tu dois voir à travers l'argile du cerveau

ton âme resplendir comme un vivant flambeau !

 

 

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LE FLEUVE

 

Voici le fleuve noir, eau ténébreuse et lente,

cher Styx où ma douleur se mire sous le soir!

Jamais les vaisseaux d'or d'une flotte opulente

n'éblouissent, là-bas, son sinistre miroir..

 

Les nocturnes soupirs, les tragiques murmures,

les songes incompris et les rêves lointains,

qui sortent de mon cœur ou de ses bords éteints,

chuchottent à la nuit leurs mornes aventures.

 

C'est la même détresse et le même sanglot !

Le destin prend sa source au fond des lois fatales,

et fatalement tourne en les mêmes dédales.

- Mon âme et l'élément roulent le même flot.

 

  

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NOËL

 

Nul astre au loin ne vient montrer les horizons;

et nul dieu n'est en marche en l'infini livide;

comme un œil d'aveugle un grand ciel, hagard et vide,

cherche des lueurs d'âme en vain, hélas!, sur nos fronts.

 

La terre n'attend plus aucun divin messie

dont le geste auroral, traçecr de chemins d'or,

réve'lle les soleils dans la nuit lourde où dort

le vieux monde maudit où la chair officie.

 

Si dans l'azur désert quelque signe nouveau

- brûlante main d'amour, de torche ou de flambeau -

annonce encor un dieu pour ce noir siècle immonde,

 

qu'il surgisse, vomi par des bouches d'enfer,

comme un phosphore ardent broyé dans un éclair,

sur cette fin de race ou cette fin de monde

 

 

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LA COURONNE D'ÉPINES

 

Royauté de tous ceux qui règnent par le front

et dont le royaume est très loin de ce monde,

oh! je vois la Couronne en leur tête profonde

déchirer leur beau rêve ainsi qu'un rouge affront.

 

O rois ensanglantés de la sueur divine!

La source de l'esprit coule en larmes de sang

sur la terre ignorante où le morne passant

n'épure plus son coeur que le mal illumine..

 

Seule auréole encor des chercheurs surhumains

faite de la douleur éternelle des rêves,

les Epines du Christ sont des rayons de glaives,

qui doivent s'enfoncer dans l'âme des humains.

 

 

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LES SIGNES

 

Dans la suave fleur ou dans l'obscure sève,

dans l'azur de l'esprit, dans l'ombre de l'instinct,

je vois le doigt sacré de l'éternel Destin

tracer divinement la Forme qui s'achè~ e.

 

Or l'astre a limité sur notre front hautain

les routes du savoir et l'infini du rêve.

Et nul bras projeté sur le monde n'élève

un magique flambeau qui jamais ne s'éteint.

 

Sombre argile d'amour, ô vous l'homme et la femme,

les formes de la chair sont un reflet de l'âme

qui pétrit, selon Dieu, l'obscur fantôme humain.

 

Et, pentacles vivants, énigme devinée,

dans Nos cœurs incompris, les griffes de la main

tracent les horizons de votre destinée.

 

 

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A LA LUNE 

 

Eternel astre fou, clarté douce et fatale

qui pénètres l'esprit ainsi que les tombeaux,

tu crées dans le songe où flottent les cers eaux

les succubes impurs de la lumière astrale

 

Que les amants lascifs et les rêveurs pervers,

que les poètes gains et les vieillards sans sêve

à tes rayons maudits magnétisent leur rêne,

qui grouille en leur front creux comme un blanc tas de vers.

 

Que partout dans la nuit pleine de maléfices,

blafarde et souriante à des crimes futurs,

sur les poignards hantés ou sur les poisons mûrs

tu répandes toujours la magie des vices.

 

Sois aimée de ceux qui délirent encre;

je renie à jamais ton vieux charme qui lasse;

sous tes lueurs de plomb et ton souffle de glace

la pensée du monde éteint ses flambeaux d'or.

 

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PERFECTION

 

Comme un Dieu créateur de vie et de lumière

ordonnant la clarté sur une informe nuit,

je ne veux désormais n'être qu'un pur esprit

pour mieux faire vibrer l'âme dans la matière.

 

Tout l'arôme d'amour qui flotte sous l'azur

n'est plus celui des fleurs ni des lèvres charnelles ;

dans mes jardins plus clairs, des beautés immortelles

promènent gravement leur songe immense et pur.

 

Des anges au sourire insondable et candide,

m'ont indiqué la source ardente de leur fluide,

venus vers moi dans l'or de leur corps radieux.

 

Artiste, tel je veux, en une œuvre sereine

mêler l'essence au corps et fixer dans les yeux

l'invisible splendeur de la pensée humaine.

 

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AU TOMBEAU D'UN POÈTE

 

A peine as-tu fermé tes yeux dans- l'Infini

pour voir monter vers Dieu ta grande âme blessée,

toi, dont l'oeuvre en Douleur érigea la Pensée

sur le roc éternel où l'aigle fait son nid,

 

ô Poète, j'entends, sous le ciel dispersée,

la meute des humains glapissant leur déni

et hurler aux échos que ton règne est fini

et que ton verbe est mort sur ta lèvre glacée !

 

Oh! stériles clameurs, vent qui n'éteindra pas

l'héroïque flambeau sur les cimes du Rêve,

vos souffles passerons comme cette heure brève;

 

le Front des dieux est plein des clartés du Trépas,

et rien ne peut ternir - la Loi Divine est telle -

le marbre blanc et or de leur tombe éternelle.

 

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LE SOURIRE DU CADAVRE

 

A POL DEMADE.

 

Après avoir souffert les souffrances prescrites,

après le râle affreux, le dernier cri jeté,

quand l'âme du mourant plein d'efforts insolites

s'évade lentement vers son éternité,

 

regardez, regardez, ô vivants hypocrites,

si le mort, à travers sa morne cécité,

ne voit pas mieux que vous les régions prédites,

cadavre stupéfait de ce qu'il a quitté !

 

Vous qui ne priez point les choses immortelles

qui remontent au sein des soleils créateurs,

n'avez-vous pas senti la lumière en vos coeurs?

 

N'avez-vous jamais vu, de vos vagues prunelles,

sous les tristes lueurs de votre esprit tremblant,

au sourire des morts l'impossible néant?

 

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NATURE

 

A M l'abbé HENRI MOELLER.

 

La terre a fécondé, La vie est maternelle.

La lumière n'est plus qu'un bercement d'amour

et l'informe semence, en les splendeurs du jour,

jaillit aux voluptés de la force éternelle.

 

L'homme, comme un enfant et comme un animal,

laisse fluer son sang parmi la sève antique ;

toute la chair humaine, ou profane ou mystique,

est ivre du puissant baiser de germinal.

 

Mais toi, penseur austère au coeur doux et lucide,

qui regardes passer l'ivresse de l'Instinct,

tu souris tristement à la Nature avide

 

de ce qu'elle a donné comme un monstre enfantin,

car jamais rien ne vaut dans la matière infâme

l'invisible soleil qui féconde ton âme?

 

 

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L'ÉTRANGE ADIEU

 

O chère âme, ô mon frère, ô mon plus doux ami

que j'aime plus encor que mon pauvre moi-même,

je viens pour te donner l'accolade supprême,

à toi que la mort sainte enveloppe à demi.

 

Je ne suis pas venu, sur ton grand front blèmi,

verser le pleur banal ; mon cœur n'est pas le même

que celui des pleureurs que la souffrance essaime

dans la chambre funèbre où tu t'es endormi.

 

Tu vas mourir bientôt, c'est-à-dire revivre

car l'invisible amour dont ton âme s'enivre

brûle divinement sur l'ombre du trépas.

 

Retourne d'où nous vient l'essence nostalgique

dans les mondes sacrés de la pure logique

et la vie immortelle où ton corps n'ira pas 1

 

 

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LE' VOILE DU TEMPLE

 

Traverse seul d'abord le vestibule noir,

la tortueuse nuit qui tourne en l'Épouvante,

où la matière en rut, de sa gueule béante,

ne doit pas engloutir ton magique Vouloir.

 

Passe devant la mort et que rien ne te hante,

si ce n'est le beau sphinx couché dans son Savoir;

au fond de l'inconnu les dieux seuls peuvent voir,

face à face et sans peur la lumière vivante.

 

Pour toi qui n'auras point grandi ton âme en vain,

l'Epreuve mène au seuil du portique divin

ouvert sur les splendeurs de la Toute-Science!

 

Cherche, ô pâle mortel, car le Temple est immense,

pour t'en envelopper dans son mystère encor,

les antiques lambeaux de son grand Voile d'or!

 

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A UN MORT

 

A RAY NYST

 

Et tandis que là--bas d'autres viennent et vont

sous le vivant soleil qui doit aussi s'éteindre,

toi, pauvre cher mort, que la mort vient d'étreindre

en laissant son baiser de glace sur ton front,

 

tu reposes, enfin, dans la couche éternelle

où les germes sacrés des recommençements

font sous la terre morne ou dans les firmaments

ta chair impérissable et ton âme immortelle.

 

Les premiers jours bénis où ton sang palpita

pour l'éphémère espoir et le mal de ce monde

n'étaient pas plus heureux que la fosse profonde

ni que l'heure à laquelle, aimé, tu nous quitta.

 

Depuis les premiers temps où la terre éblouie

vit jaillir de son sein les enfants primitifs,

l'Homme au regard obscur, plein de rêves plaintifs,

roule et roule en le flux et reflux de la vie.

 

Si ton coeur a cessé le grand rythme natal

et- si tes yeux sont clos ü l'humaine lumière,

va, ton corps revivra du fond de la matière

comme un phénix renait de son bûcher vital !

 

Car le néant n'est pas ; tout ce qui fut doit être.

Si l'erreur t'égara comme un enfant perdu,

ce crucifix de cuivre, en tes longs doigts tordu,

sait le chemin promis, ineffable à connaître.

 

Il est une clarté qui vibre en les tombeaux,

et sous le souffle ardent de sa divine essence

tous les noirs tas de vers ne sont qu'une semence

des grands mondes futurs i., sus des renouveaux